Une affirmation relayée sur Facebook et reprise par plusieurs médias en ligne prétend que les ressortissants de la République démocratique du Congo sont désormais contraints à verser une caution pouvant atteindre 20 000 dollars pour obtenir un visa américain. Pourtant, la liste officielle du département d’État américain ne mentionne pas la RDC parmi les pays concernés par cette mesure.
« Visas américains, le durcissement concerne désormais la RDC. Les citoyens de la RDC et de 49 autres pays font face à de nouvelles restrictions pour l’obtention de certains visas américains de tourisme et d’affaires », lit-on sur cette publication Facebook. Très vite, l’information a été reprise par des médias locaux internationaux, à l’instar de Beto.cd et Anadolu Ajansı, l’agence de presse officielle turque. Dans son traitement, Anadolu présente la République démocratique du Congo comme l’un des pays africains concernés par cette mesure.
Pour vérifier cette affirmation, Vunja Uongo, la cellule de vérification des faits au Studio Hirondelle RDC, a consulté le site officiel du département d’État américain, qui publie la liste des pays dont les ressortissants sont soumis au dispositif de caution pour certains visas. Dans une récente mise à jour, les autorités américaines confirment l’existence de cette mesure. Elle concerne les demandeurs de visa de type B1/B2, destinés notamment aux voyages d’affaires et de tourisme, qui possèdent un passeport délivré par l’un des pays répertoriés et remplissent par ailleurs les conditions d’éligibilité au visa. Le versement de cette somme ne garantit toutefois pas l’obtention du visa.
La RDC absente de la liste officielle
La vérification de la liste publiée par le département d’État américain permet de constater que la République démocratique du Congo n’y figure pas. Parmi les pays africains concernés se trouvent notamment l’Algérie, l’Angola, le Bénin, le Botswana, le Burundi, le Cap-Vert, la République centrafricaine, la Côte d’Ivoire, Djibouti, l’Éthiopie, le Gabon, la Gambie, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Lesotho, le Malawi, Maurice, la Mauritanie, le Mozambique, la Namibie, le Nigeria, le Sénégal, les Seychelles, la Tanzanie, le Togo, la Tunisie, l’Ouganda, la Zambie et le Zimbabwe. La liste comprend également des pays situés hors du continent africain.
Contrairement à ce qu’affirment les publications examinées, la RDC ne fait donc pas partie des pays répertoriés par les autorités américaines pour l’application de cette caution.
Cette conclusion est également corroborée par les déclarations de l’ambassade des États-Unis en République démocratique du Congo. La représentation diplomatique a qualifié le contenu de trompeur et précisé que les citoyens congolais demandeurs de visa américain ne sont pas concernés par cette caution. Une chargée de communication de l’ambassade a également confirmé que la RDC ne figurait pas sur la liste.
Une désinformation basée sur « la demi-vérité »
Cette désinformation se distingue par sa construction en deux étapes. D’abord l’existence effective d’un programme américain de caution pour certains visas puis l’affirmation erronée selon laquelle la RDC ferait partie des pays concernés. Un mélange qui rend l’information trompeuse. Ce procédé est appelé, en factchecking, la « demi-vérité » ou « half-truth » ou encore le « presque vrai ». Il s’agit d’une affirmation factuellement exacte mais volontairement incomplète, formulée pour tromper, manipuler ou induire en erreur. C’est l’une des formes de désinformation les plus subtiles et difficiles à combattre, car elle s’appuie sur un élément réel pour valider un mensonge ou une omission cruciale.
La reprise de cette affirmation par plusieurs médias a également contribué à lui donner davantage de crédibilité. Pourtant, la publication d’une information par un organe de presse ne constitue pas, à elle seule, une garantie de son exactitude. En effet, une information peut être relayée par plusieurs médias sans que chacun ait vérifié indépendamment sa source initiale.
Cette confusion peut avoir des conséquences concrètes sur des personnes souhaitant se rendre aux États-Unis. Ces derniers peuvent être ainsi exposer à des tentatives d’escroquerie de la part d’intermédiaires prétendant faciliter le paiement de cette caution.
La Rumeur de la semaine est une rubrique consacrée au décryptage des fausses informations qui circulent sur les réseaux sociaux et dans les communautés locales.
Dandjes Luyila