🎧Dr Kessy Ndungi sur Octobre Rose : « L’information n’a pas encore atteint toute la population »

À l’occasion d’Octobre Rose, campagne annuelle de sensibilisation au cancer du sein, les professionnels de santé appellent à renforcer l’information et à encourager le dépistage précoce. En RDC, les idées reçues, les tabous et le manque d’information contribuent encore aux retards de diagnostic, compliquant ainsi la prise en charge des femmes touchées par cette maladie.

Le ministère de la Santé a lancé une vaste campagne gratuite de prévention, de dépistage précoce et de prise en charge des cancers du sein et du col de l’utérus. Cette initiative prévoit le dépistage gratuit du cancer du sein pour 5 000 femmes à Kinshasa, ainsi que celui du cancer du col de l’utérus pour 912 000 femmes dans six provinces : Kinshasa, le Kongo-Central, le Haut-Katanga, l’Équateur, la Tshopo et le Kwilu.

Médecin gynécologue-obstétricienne et éducatrice, la Dr Kessy Ndungi multiplie les actions de sensibilisation au cours de ce mois afin d’encourager les femmes à se faire dépister précocement.

Selon les estimations pour 2024 du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence spécialisée de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le cancer du sein a causé près de 700 000 décès dans le monde. Détectée précocement, cette maladie offre de meilleures chances de traitement et de survie.

« En RDC, nous sommes plus de 100 millions d’habitants. L’information n’a pas encore atteint toute la population. Un maximum de gens doivent comprendre c’est quoi le cancer du sein et c’est quoi Octobre Rose », souligne la Dr Kessy Ndungi.

Ce manque d’information contribue aux retards de diagnostic et complique la prise en charge. De nombreuses femmes se présentent à l’hôpital alors que la maladie est déjà à un stade avancé.

« Au cours du premier trimestre 2026, nous avons reçu 10 cas de cancer du sein, dont 8 à un stade très avancé. Les deux qui ont été détectés tôt sont guéris aujourd’hui et ont repris leurs activités », indique la Dr Justine Vuma, gynécologue-obstétricienne aux Cliniques universitaires du Graben, à Butembo.

Lutter contre les idées reçues

La lutte contre le cancer du sein passe également par la déconstruction des idées reçues qui circulent au sein des communautés. Les proches des femmes touchées ont eux aussi un rôle à jouer dans ce combat.

Les spécialistes appellent à briser les tabous, à combattre la peur et la désinformation, et à encourager les femmes à prendre soin de leur santé en consultant des professionnels de santé.

« Consulter ne veut pas dire que vous avez le cancer du sein. Il faut enlever ces idées reçues. L’hôpital n’attribue pas des maladies. Aussi, sucer les seins d’une femme ne prévient pas du cancer du sein. La peur, les tabous, la honte, toutes ces croyances ne nous aident pas dans la lutte contre le cancer du sein », explique la Dr Kessy Ndungi.

Ne pas négliger la santé mentale

Au-delà des conséquences physiques, le cancer peut également affecter profondément la santé mentale des femmes concernées. C’est sur cette dimension que la structure Makomi de Lynn entend attirer l’attention, notamment à travers sa campagne « Ta santé mentale compte ».

Cette initiative encourage les femmes à briser les tabous autour de la souffrance psychologique et à consulter des professionnels de la santé mentale lorsque cela est nécessaire.

« Nous parlons de la dépression et c’est important, même chez les femmes atteintes de cette maladie, qui peuvent avoir peur d’aller voir des professionnels de santé. Dans cette situation, la dépression peut amener le malade vers le déclin », rappelle Lynn Mazianda, coordonnatrice de Makomi de Lynn.

À travers ces différentes actions de sensibilisation, les intervenantes soulignent l’importance de l’information, du dépistage précoce et de l’accompagnement psychologique pour améliorer la prise en charge des femmes touchées par le cancer du sein.