🎧La recette présentée comme une solution contre le virus Ebola n’est pas scientifiquement approuvée

Une vidéo de trois minutes et douze secondes sur les réseaux sociaux montre une femme présentant une recette miracle contre  le virus Ebola, de souche Bundibugyo, frappant actuellement l’est de la République démocratique du Congo. Les autorités sanitaires et les experts rappellent qu’aucun remède de ce type n’est scientifiquement validé.  

Le 17 mai, le compte TikTok Anny Ilunga a publié une vidéo d’une dame qui explique en lingala ainsi qu’en swahili la préparation d’une recette contre le virus Ebola de souche Bundibugyo, affirmant apporter un coup de pouce à la lutte contre l’épidémie. Le mélange est composé de certaines plantes et épices, notamment les feuilles de goyave, la cannelle, le bissap, les clous de girofle et et d’autres plantes non précisées. Dans la vidéo, la femme encourage les internautes à partager massivement le contenu, à préparer la solution en grande quantité et à  faire consommer même aux nourrissons

La vidéo a ensuite été relayée sur le réseau social X (ex-Twitter), notamment le 18 mai par le compte Jordan Mulikuza, avec un message appelant à diffuser largement ce prétendu traitement. 

Uniquement sur le compte TikTok, la vidéo a généré plus de 110 000 vues en seulement quatre jours après sa mise en ligne.

Une recette dont l’efficacité n’est pas scientifiquement approuvée

À ce jour, aucun traitement traditionnel ou naturel de ce type n’a été validé pour prévenir ou guérir la maladie à virus Ebola. 

Le mélange présenté comme un traitement efficace contre le virus Ebola de souche Bundibugyo n’est pas approuvé scientifiquement.

Les autorités sanitaires rappellent que :

  • Ebola est une maladie virale grave nécessitant une prise en charge médicale spécialisée
  • les traitements efficaces actuellement disponibles sont uniquement ceux validés par la recherche clinique
  • les remèdes non testés peuvent représenter un danger, notamment pour les enfants

La maladie à virus Ebola nécessite une prise en charge hospitalière rapide et isolée pour limiter la transmission et améliorer les chances de survie.

Les seuls traitements validés pour la souche Ebola Zaïre incluent :

  • des anticorps monoclonaux recommandés par l’Organisation mondiale de la santé
  • des soins intensifs de support (réhydratation, surveillance, traitement symptomatique)

Cependant, ces traitements ne s’appliquent pas à toutes les souches du virus, notamment la souche Bundibugyo.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande actuellement deux principaux schémas vaccinaux pour prévenir la maladie à virus Ebola causée par la souche Zaïre.

Le vaccin Ervebo est un vaccin à dose unique utilisé en situation de riposte lors d’épidémies.

Il est principalement administré selon la stratégie dite de “vaccination en anneau”, qui consiste à immuniser :

  • les personnes ayant été en contact avec un cas confirmé,
  • les contacts de ces contacts,
  • ainsi que les personnels de santé exposés.

Cette méthode vise à casser rapidement les chaînes de transmission du virus.

En parallèle, l’OMS recommande également un autre schéma vaccinal composé de deux injections :

– Zabdeno

– Mvabea

Ces deux vaccins sont administrés successivement et sont destinés à une utilisation préventive, notamment chez :

-les travailleurs de santé en première ligne,

-les personnes vivant ou travaillant dans des zones à risque élevé.

Contrairement à Ervebo, ce schéma vise à protéger avant toute exposition au virus, plutôt qu’à intervenir uniquement lors d’une épidémie.

L’OMS a aussi recommandé deux anticorps monoclonaux contre la variante Ebola de souche Zaïre : le mAb114 (Ansuvimab, Ebanga) et le REGN-EB3 (Inmazeb). Ces deux traitements ont été homologués après des essais cliniques en RDC entre 2018 et 2020.

Concernant la souche Bundibugyo du virus Ebola, les autorités sanitaires indiquent qu’il n’existe actuellement aucun traitement spécifique approuvé.

La prise en charge des patients repose donc essentiellement sur des soins de soutien, visant à traiter les symptômes et à stabiliser l’état clinique des malades.

Notre rédaction a contacté un spécialiste en santé publique et expert en lutte contre les maladies, Dr. Michel Muvudi, pour recueillir son avis sur la vidéo TikTok.

La médecine traditionnelle est régulée dans notre pays. Donc, on ne peut pas se lever comme ça, on prend son téléphone et on propose une recette contre une maladie sans pouvoir en avoir des preuves, mais aussi dans un pays où la médecine traditionnelle est réglementée […] il y en a qui s’amusent à proposer des solutions traditionnelles, pour lesquelles ils n’ont aucune preuve, pour lesquelles ils n’ont aucune maîtrise. ” 

La prise en charge des patients souffrant de la souche Bundibugyo dans le contexte présent

D’après Médecins Sans Frontières, les malades  atteints d’Ebolavirus Bundibugyo reçoivent un traitement basé essentiellement sur les symptômes de la maladie (fièvres, céphalées, vomissements, diarrhées…) et les soins intensifs (compensation des pertes de liquides, apport en oxygène, suivi des paramètres sanguins et cardiaques).

La situation épidémiologique en RDC

Le 15 mai, le ministère congolais de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale a déclaré officiellement la 17ᵉ épidémie du virus en RDC, et ce, après la confirmation le 14 mai de 8 cas positifs à la maladie de variante Bundibugyo par l’Institut national de recherche biomédicale (INRB).

Quelques jours après, soit le 17 mai, le directeur général de l’OMS,Tedros Adhanom, a estimé que la situation épidémiologique en RDC constituait une urgence de santé publique à portée internationale, bien que le risque soit, selon lui, faible au niveau mondial par rapport au niveau régional. 

De son côté, le directeur général de Centres africains de contrôle et de prévention des maladies, Jean Kaseya, a déclaré le 18 mai une urgence de santé publique de sécurité continentale en rapport avec l’épidémie d’Ebola en RDC.

Sur le terrain, le rapport épidémiologique du 21 mai de l’Institut national de santé publique renseigne que le pays avait cumulé 64 cas confirmés, 6 décès confirmés et 1441 cas contacts. Les zones de santé touchées en cette période sont : Mongbwalu, Rwampara, Bunia et Nyankunde en Ituri ; Goma, Katwa et Butembo au Nord-Kivu ainsi que Miti Murhesa au Sud-Kivu, d’après les informations de l’INRB Goma.

En période d’épidémie, il est crucial de se rapprocher des sources fiables comme des médias, des autorités sanitaires ainsi que des organisations nationales et internationales œuvrant dans le secteur de la santé. S’abstenir de prendre une recette non approuvée contre la maladie peut être un bon réflexe et le refus de partager ce genre de rumeurs sur Internet ou dans la communauté peut sauver des vies et contribuer efficacement à la lutte contre l’épidémie.

Autre lien : https://www.studiohirondellerdc.org/%f0%9f%8e%a7-contexte-des-images-anciennes-etrangeres-ou-generees-par-ia-recyclees-et-attribues-a-une-mobilisation-du-parti-au-pouvoir-en-mai-2026