🎧RDC : les Ă©rosions urbaines, une menace persistante malgrĂ© les efforts de lutte

Dans plusieurs villes de la République démocratique du Congo, les érosions continuent de ravager quartiers et habitations, plongeant des milliers de familles dans la précarité. De Kinshasa à Butembo, en passant par Kananga, ce phénomène environnemental prend de l’ampleur, malgré les efforts engagés par les autorités et leurs partenaires.

Les têtes d’érosion engloutissent maisons, routes et infrastructures entières dans de nombreuses villes en RDC. Face à cette situation, les autorités, les partenaires internationaux ainsi que les initiatives locales unissent leurs efforts pour lutter contre les érosions malgré la persistance du phénomène.

Des travaux en cours dans la capitale… mais ralentis

À Kinshasa, mégapole d’environ 20 millions d’habitants, aucune statistique officielle actualisée ne permet de mesurer précisément l’ampleur du phénomène. Pourtant, les signes sont visibles dans plusieurs communes, notamment à Mont Ngafula, Kisenso ou encore Ngaliema.

Au site érosif de Lalou, situé à Binza-Delvaux, les dégâts sont impressionnants. Cette érosion, qui remonte à l’époque du président Mobutu, s’est aggravée au fil des décennies faute d’interventions efficaces.

Des travaux de stabilisation y ont été lancés en juin 2025, incluant la construction d’un mur de soutènement destiné à canaliser les eaux de pluie et stabiliser les sols. À terme, une route devrait relier les quartiers Delvaux et Camp Luka.

Cependant, sur le terrain, les travaux connaissent un net ralentissement. Selon plusieurs témoignages, le manque de financement serait à l’origine de cet arrêt partiel. Certains ouvriers évoquent également des retards de paiement et des difficultés de gestion.

Malgré cela, les aménagements déjà réalisés ont permis de réduire l’impact des pluies dans certaines zones, offrant un début de soulagement aux habitants.

À Butembo, des habitants livrés à eux-mêmes

Dans la ville de Butembo, au Nord-Kivu, la situation est tout aussi préoccupante. Au quartier Kalimire, des dizaines de parcelles ont disparu sous l’effet des glissements de terrain. Des habitants, comme Noé Kassireka, tentent de sauver leurs maisons avec des moyens rudimentaires, sans réel soutien. « À chaque pluie, tout peut s’effondrer », témoigne-t-il. Face à l’urgence, des organisations locales, comme le groupe Academia, mènent des actions communautaires : plantation d’arbres antiérosifs, sensibilisation et formation en techniques agricoles durables.

Mais ces initiatives restent insuffisantes face à l’ampleur du problème, aggravé par :

  • La déforestation,
  • La pression démographique,
  • L’absence d’infrastructures de drainage,
  • Les effets du changement climatique.

Des moyens importants déployés à Kananga, mais des défis persistants

À Kananga, dans le Kasaï central, plus de 800 têtes d’érosion ont été recensées. Pour y faire face, d’importants financements ont été mobilisés, notamment par la Banque mondiale.

Environ 100 millions de dollars ont été décaissés pour lutter contre les ravins, tandis qu’un autre financement de 100 millions vise à renforcer la résilience urbaine face aux inondations et aux érosions, notamment à Kinshasa et Kalemie (Tanganyika).

Ces projets, prévus initialement entre 2021 et 2026, pourraient être prolongés. Toutefois, sur le terrain, les résultats restent encore en deçà des attentes des populations.

Une urgence nationale

Malgré les efforts conjoints de l’État, des partenaires internationaux et des initiatives locales, la lutte contre les érosions en RDC reste un défi majeur.

Les habitants appellent à des actions plus rapides, mieux coordonnées et surtout durables. Sans cela, les érosions continueront de redessiner dangereusement le paysage urbain congolais, au détriment des populations les plus vulnérables.