🎧 Attention ! Ce communiquĂ© attribuĂ© Ă  Paul Kagame est une satire

La crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo continue d’alimenter une intense vague de désinformation sur les réseaux sociaux. Images sorties de leur contexte, documents manipulés, propos déformés ou inventés, contenus satiriques présentés comme des « preuves » : l’espace numérique est saturé d’informations trompeuses. Ces derniers jours, deux contenus ont particulièrement circulé : un prétendu communiqué attribué au président rwandais Paul Kagame et une photo présentée comme celle de la capture d’un soldat rwandais en RDC. Après vérification, ces deux contenus se révèlent faux et sans lien avec la situation congolaise.

Le 7 février, un document d’une page reprenant les codes visuels du gouvernement rwandais est apparu sur Facebook (ici et ). Son contenu affirme que Paul Kagame aurait déclaré ne pas avoir été informé de la situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), avant d’annoncer l’ouverture d’enquêtes pour identifier les généraux ayant prétendument déployé des troupes à l’étranger sans son autorisation. Sur Facebook et X, le document a été massivement partagé comme une déclaration authentique. Pourtant, un simple examen attentif révèle une incohérence majeure.

Un faux communiqué… qui se présente lui-même comme une satire

En haut du document figure clairement la mention : « Satire for immediate release » [« satire pour diffusion immédiate » en français, ndlr]. En clair, le texte indique explicitement qu’il s’agit d’une parodie. La lecture du contenu confirme cette intention humoristique : le document met en scène un chef d’État reconnaissant son ignorance d’un conflit majeur avant de promettre d’y mettre fin. Un tel aveu, formulé sur un ton volontairement ironique, serait impensable dans une communication officielle.

Une vérification des comptes officiels du gouvernement rwandais, notamment @RwandaOGS, @RwandaGov ainsi que celui de la porte-parole Yolande Makolo, ne montre aucune trace d’un tel communiqué. Sur Internet, il est fréquent que des contenus à la base humoristique soient transformés en information politique en supprimant le contexte initial.

Une photo authentique… mais sortie de son contexte

Le second contenu viral est une image montrant des Casques bleus transportant un homme blessé dans une zone forestière. Selon certaines publications (ici, ici et ), il s’agirait d’une opération menée par « les Hiboux », une nouvelle unité des Forces armées de la RDC, ayant abouti à la capture des soldats rwandais en RDC. Mais une recherche d’images inversée a permis de remonter à l’origine du cliché. 

La photo documente en réalité une attaque contre la mission de maintien de la paix de l’ONU en République centrafricaine, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en RCA (MINUSCA). 

En juillet 2020, un convoi de Casques bleus rwandais a été attaqué dans le nord-ouest du pays, causant la mort d’un soldat et plusieurs blessés (rapporté ici et ici). L’image correspond à une scène d’évacuation après un combat. La photo circulait déjà sur les réseaux sociaux en janvier 2021, bien avant les développements récents de la crise dans l’Est de la RDC. Aucun média local ni aucune source officielle n’ont documenté une capture correspondant à la description virale, entre novembre 2025 et février 2026.

Kagame et le conflit dans l’Est

Contrairement à ce qu’affirme le document, Kagame n’a jamais déclaré méconnaître la crise dans la partie orientale du Congo voisin. Il a commenté cette situation à plusieurs, notamment via des publications sur X fin janvier 2025, quelques jours après la chute de Goma pour « la nécessité d’assurer un cessez-le-feu dans l’est de la RDC et de s’attaquer une fois pour toutes aux causes profondes du conflit », mais aussi « la nécessité d’une solution durable à long terme à la situation actuelle en RDC ». Plus récemment, le 5 févier 2026, soit la veille de cette prétendue annonce, le président Kagame a une nouvelle fois commenté les tensions entre son pays et la RDC. De plus, la présence des troupes rwandaises en RDC est documentée par plusieurs rapports du Groupe d’experts des Nations unies.

Sur Internet, la désinformation ne repose pas toujours sur des contenus entièrement fabriqués. Elle consiste souvent à détourner des éléments réels : une satire transformée en communiqué officiel, une photo d’archive présentée comme une actualité brûlante. Plus un contenu suscite l’indignation ou confirme une opinion préexistante, plus il est partagé rapidement et moins il est vérifié. 

Des spécialistes en éducation aux médias et à l’information (EMI) conseillent, avant de relayer une information, de se poser trois questions simples : qui publie, quand le contenu a-t-il été produit et dans quel contexte précis ? Si l’une de ces réponses manque, la prudence s’impose, surtout dans un contexte sécuritaire tendu comme celui de la RDC, avec un impact sur la région des Grands Lacs. 

La rumeur de la semaine est une rubrique pour décrypter les fausses informations qui circulent sur nos réseaux sociaux et au sein de nos communautés locales sur le terrain.