Une rumeur largement relayée sur Facebook affirme que l’aéroport international de Kisangani Bangboka aurait été fermé après des attaques de drones revendiquées par l’AFC/M23. Vérification faite, cette information est fausse : les activités aéroportuaires se poursuivent normalement.
L’annonce de la prétendue fermeture a été publiée le 4 février par une page Facebook dénommée Alliance Fleuve Congo, dont le profil arbore l’emblème de ce mouvement politico-militaire opposé aux autorités congolaises. Cette page compte plus de 100 000 abonnés. « Bonne nouvelle ! L’aéroport de Kisangani est fermé et les Lions des Sarambwe surveillent maintenant Bujumbura », peut-on lire en légende d’une photo de l’aéroport. En quelques heures, la publication a dépassé les 1 000 mentions « J’aime ».
La rumeur a commencé à circuler le 3 février, après la publication d’un communiqué de l’AFC/M23 revendiquant une attaque de drones dans la nuit du 31 janvier au 1er février. Selon le gouvernement provincial de la Tshopo, huit drones ont visé l’aéroport en l’espace de 24 heures, provoquant la panique parmi les riverains. Une opération sans précédent dans le conflit.
Le M23 avait déjà utilisé des drones kamikazes lors d’une offensive en décembre sur la ville d’Uvira, dans l’est du pays, selon des sources sécuritaires. Toutefois, le groupe armé n’avait jamais ciblé Kisangani, située à environ 400 kilomètres du front.
Dans son communiqué, le groupe armé s’est félicité d’avoir détruit un centre de commandement des drones militaires des Forces armées de la RDC (FARDC), qu’il accuse d’avoir coordonné des bombardements dans des zones sous son contrôle, notamment à Masisi, Walikale et Rutshuru. De leur côté, les autorités locales assuré que les « drones kamikazes»avaient été« neutralisés avant d’atteindre leur cible ».
Les activités aéroportuaires se poursuivent à Bangboka
Malgré ces événements, les activités se poursuivent normalement à l’aéroport de Kisangani Bangboka. Les recherches menées par Vunja Uongo, l’équipe de vérification du Studio Hirondelle RDC, à l’aide de la plateforme de suivi aérien Flightradar24, ont permis d’identifier plusieurs vols en partance et à destination de Kisangani. Ce service de suivi du trafic aérien en temps réel a indiqué notamment le vol ET71, un appareil d’Ethiopian Airlines exploité par Air Congo, qui a quitté Kisangani levendredi 6 février à 12h00 pour atterrir à Kinshasa à 13h00. Un autre vol était programmé le 9 février à destination de Lubumbashi, dans la province du Haut-Katanga.
Un monitoring des médias a également confirmé la poursuite des activités. Le 4 février, le gouverneur de la Tshopo, Paulin Lendongolia, s’est rendu à l’aéroport pour une inspection après les attaques de drones, alors que les opérations se poursuivaient sans perturbation. Cette information a été relayée par le média onusien Radio Okapi sur sa page Facebook et son compte X.
Le 5 février, l’équipe de Vunja Uongo a également contacté via WhatsApp la journaliste locale Nicoloe Etete, qui a confirmé la poursuite des activités à l’aéroport de Kisangani. Elle a par ailleurs indiqué que d’autres drones avaient été interceptés après les huit premiers signalés.
Vigilance et vérification comme remparts contre la désinformation
Dans un contexte sécuritaire sensible, les rumeurs peuvent se propager rapidement et semer la confusion, voire la panique. Avant de partager une information susceptible de susciter de fortes émotions, il est essentiel d’en vérifier l’origine et la fiabilité. Face à la désinformation, la vigilance et la vérification restent les meilleurs remparts.
La rumeur de la semaine est une rubrique pour décrypter les fausses informations qui circulent sur nos réseaux sociaux et au sein de nos communautés locales sur le terrain.