🎧 La photo montrant Martin Fayulu aux côtés de Joseph Kabila est un photomontage

Une image largement relayée sur les réseaux sociaux prétend montrer Martin Fayulu et Joseph Kabila réunis à Bujumbura le 6 juillet 2026 pour préparer une marche de l’opposition contre le projet de révision de la Constitution. Pourtant, la vérification menée par Vunja Uongo, la cellule de vérification des faits du Studio Hirondelle RDC montre qu’il s’agit d’un photomontage réalisé à partir de deux clichés pris à cinq ans d’intervalle et dans des contextes totalement différents. Aucun élément crédible ne permet par ailleurs d’établir qu’une telle rencontre a eu lieu.

Début juillet, plusieurs figures de l’opposition congolaise et des responsables religieux ont participé à des consultations organisées à Bujumbura, au Burundi, à l’initiative du président burundais, également président en exercice de l’Union africaine. En marge de cette rencontre, une photo montrant Martin Fayulu et l’ancien président Joseph Kabila côte à côte a commencé à circuler sur Facebook, X et WhatsApp. Les publications accompagnant cette image affirment que les deux hommes se seraient rencontrés le 6 juillet 2026 afin de coordonner la manifestation de l’opposition initialement prévue le 22 juillet [la manifestation a été finalement annulée]. Certaines publications présentent même cette prétendue rencontre comme la preuve d’une alliance politique entre les deux personnalités.

L’une des publications les plus partagées, diffusée par une internaute proche de la majorité présidentielle, affirme notamment que Martin Fayulu agirait sous l’influence de Joseph Kabila, tout en appelant les Congolais à rejeter ce qu’elle qualifie d’« alliance dissidente ».

« Lorsque nous disons que cette opposition est sous la botte de Kanambe alias Kabila, certains nous prenaient pour des parleurs. Voilà qu’aujourd’hui, l’occasion est donnée pour que le voile soit levé. Kabila est égal à Kagamé, Fayulu se range derrière Kabila d’où Fayulu et ses compères Ambongo y compris sont sous le commandement de Kagamé. Ils n’ont rien à voir avec les du pays. Une seule sans suffit, celle du rejet de la population à cette alliance dissidente et toxique pour notre nation », écrit-elle.

Soumis à plusieurs méthodes de vérification, l’image a échappé à quasiment tous les détecteurs d’IA. Des outils comme Hive Moderation, Google SynthID et ZeroGPT, n’ont détecté qu’une très faible probabilité de génération par IA, inférieure à 5 %, sans identifier de marqueur fiable attestant que l’image aurait été créée de toutes pièces par un générateur d’images.

Sans trouver de trace IA, TruthScan a détecté une manipulation numérique

En revanche, l’outil TruthScan est arrivé à une conclusion différente. S’il n’a pas considéré la photo comme intégralement générée par IA, il a détecté des indices de manipulation numérique. L’analyse indique notamment la présence d’un filigrane compatible avec des technologies utilisées par OpenAI, tout en signalant l’absence d’un manifeste C2PA complet, un système permettant normalement de préserver les métadonnées d’authenticité des contenus.

Cette absence peut s’expliquer par plusieurs opérations courantes comme la modification de l’image, les captures d’écran, la compression ou encore le partage via des plateformes telles que WhatsApp, Facebook ou X, qui suppriment souvent une partie des métadonnées. Ces premiers indices suggèrent que l’image n’est pas une photographie authentique mais qu’elle a fait l’objet d’une modification numérique.

La recherche d’image inversée a ensuite permis d’identifier précisément l’origine des deux personnages figurant sur le cliché viral. Pour y parvenir, « Vunja Uongo » a divisé l’image en deux parties afin d’effectuer une recherche indépendante sur chaque personnage. La première recherche a permis de retrouver la photographie originale de Martin Fayulu, prise le 4 juillet 2026 à Kinshasa, peu avant son départ pour Bujumbura. Sur cette photo, le président d’ECiDé apparaît avec Franklin Tshamala, secrétaire général de LGD, le parti de Matata Ponyo. La comparaison des deux images montre que Martin Fayulu porte exactement la même veste, adopte la même posture et place sa main dans une position identique. Seule la personne à ses côtés a été remplacée.

Détection d’un marqueur Open AI SynthID

La seconde recherche conduit vers une photographie de Joseph Kabila datant de 2021, réalisée lors de sa première apparition publique après un accident de la circulation. Là encore, tous les éléments correspondent. De la tenue noire à la barbe, en passant par la posture et l’espace laissé sous son bras gauche, tout coïncide. En revanche, plusieurs éléments présents sur la photo originale ont disparu dans l’image virale, notamment un pansement médical visible sur sa main gauche, des lunettes, une montre ainsi que plusieurs objets du décor.

Deux autres outils spécialisés, Fake Image Detector et FotoForensics, confirment également cette manipulation. L’analyse des niveaux de compression réalisée par FotoForensics met notamment en évidence un manque d’homogénéité entre les deux personnages et l’arrière-plan, caractéristique d’un photomontage.

Aucune preuve d’une rencontre entre Fayulu et Kabila

De plus, aucune source fiable n’évoque une recontre récente entre les deux hommes. Les comptes officiels de Martin Fayulu sur Facebook et X, les plateformes de communication du PPRD ainsi que les principaux médias congolais et internationaux ne documente nullement cette rencontre.

Cité par l’Agence France presse (AFP), Barnabé Kikaya, proche collaborateur de Kabila a formellement démenti cette information, preuve supplémentaire que l’image, à l’ère du numérique et de l’intelligence artificielle, a cessé d’être une preuve à elle seule, même lorsqu’elle est très réaliste. En perfectionnement continu, les logiciels de montage et les outils d’intelligence artificielle permettent aujourd’hui de produire des contenus visuels extrêmement convaincants, parfois capables de contourner certains détecteurs automatiques. 

La rumeur de la semaine est une rubrique pour décrypter les fausses informations qui circulent sur nos réseaux sociaux et au sein de nos communautés locales sur le terrain. 

Dandjes Luyila