RDC : Joseph Kabila prend la tête d’un nouveau front politico-militaire
Joseph Kabila, le 30 mai 2025 à Goma. Crédit photo : AFP - JOSPIN MWISHA

RDC : Joseph Kabila prend la tête d’un nouveau front politico-militaire

L’ancien président congolais Joseph Kabila dirige le Front pour la refondation de la nation (FRN), annoncé le 12 octobre à Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo. Cette nouvelle plateforme rassemble notamment des responsables de l’AFC-M23 et des proches de l’ancien chef de l’État, avec pour objectif affiché de combattre le pouvoir de Félix Tshisekedi, y compris par la force.

Joseph Kabila fait un pas supplémentaire dans son opposition au président Félix Tshisekedi. L’ancien chef de l’État, qui a dirigé la RDC de 2001 à 2019, prend la tête du Front pour la refondation de la nation (FRN), une nouvelle structure politico-militaire annoncée lundi 12 octobre à Goma, chef-lieu du Nord-Kivu.

Selon la déclaration de ses initiateurs, le FRN entend réunir les forces opposées au pouvoir de Kinshasa. La nouvelle plateforme rassemble notamment des figures de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), du Mouvement du 23 mars (M23) et du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), formation politique de Joseph Kabila.

Le mouvement affiche également son intention de mettre fin à ce qu’il qualifie de « tyrannie », en recourant à tous les moyens, y compris la force. Il se présente comme le successeur de l’AFC, dans un contexte où les négociations visant à mettre fin au conflit dans l’est du pays se poursuivent.

Une recomposition autour de l’AFC-M23

La création du FRN intervient alors que Goma se trouve sous le contrôle de l’AFC-M23 depuis janvier 2025. En mai de la même année, Joseph Kabila avait été aperçu dans cette ville aux côtés de Corneille Nangaa, dirigeant de l’AFC, et de Bertrand Bisimwa, président du M23.

La nouvelle structure réunit ainsi plusieurs acteurs politiques et militaires déjà associés à cette coalition. Parmi les personnalités citées figurent également des opposants congolais, dont l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo et Seth Kikuni, ainsi que des membres du mouvement Sauvons la RDC, lancé par Joseph Kabila en octobre 2025 à Nairobi, au Kenya.

Cette réorganisation marque une nouvelle étape dans le positionnement de l’ancien président vis-à-vis de l’AFC-M23. Elle soulève aussi des questions sur le fonctionnement du nouveau front, la place des différentes composantes et les conséquences de cette initiative sur les efforts de paix.

Kabila sous le coup d’une condamnation à mort

Le retour de Joseph Kabila au premier plan intervient alors qu’il a été condamné à mort par contumace, le 30 septembre 2025, par la Haute Cour militaire de Kinshasa. La justice congolaise l’a reconnu coupable notamment de trahison et de crimes de guerre, dans une affaire liée à son implication présumée dans l’AFC-M23.

Photo d’illustration : AFP.

L’ancien président conteste les accusations portées contre lui et dénonce une instrumentalisation politique de la justice.

Depuis la prise de Goma par le M23, ses déplacements et ses apparitions dans les zones contrôlées par la rébellion ont alimenté les interrogations sur ses relations avec les dirigeants du mouvement et avec le Rwanda, accusé par Kinshasa et plusieurs rapports internationaux de soutenir le M23.

Un contexte politique sous tension

La création du FRN intervient également à moins de deux ans de la fin du second mandat de Félix Tshisekedi, prévue en 2028. La Constitution congolaise limite à deux le nombre de mandats présidentiels de cinq ans.

Dans le camp présidentiel, des voix évoquent depuis plusieurs mois la possibilité d’une révision constitutionnelle ou d’un changement de Constitution. Ces discussions suscitent des débats sur le respect de la limitation des mandats et sur l’avenir politique du pays.

Avec la mise en place du FRN, Joseph Kabila entend fédérer les forces qui s’opposent au pouvoir actuel. Reste à savoir comment cette nouvelle coalition évoluera et quelles seront ses conséquences sur la situation sécuritaire dans l’est de la RDC, ainsi que sur les initiatives diplomatiques engagées pour ramener la paix.

Le FRN provoque des divisions au sein du PPRD

La création du Front pour la refondation de la nation ne fait pas l’unanimité dans les rangs du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), la formation politique de Joseph Kabila. Plusieurs de ses cadres ont annoncé leur désolidarisation de cette initiative politico-militaire ou leur démission du parti.

Parmi eux figurent notamment Patrick Nkanga Bekonda, rapporteur du bureau politique du PPRD, India Omari et Aristote Ngarime, secrétaire national chargé de la communication. Ces responsables invoquent notamment leur attachement à la Constitution, aux valeurs démocratiques et au règlement pacifique des différends.

Ces prises de distance illustrent les divergences suscitées par le choix de Joseph Kabila de prendre la tête d’un mouvement politico-militaire réunissant notamment l’AFC-M23. Elles soulèvent des questions sur les conséquences de cette nouvelle orientation pour la cohésion du PPRD et l’avenir de la famille politique de l’ancien président.