Le directeur général des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), Jean Kaseya, affirme que près de 700 millions de dollars décaissés par les donateurs pour la riposte contre Ebola en République démocratique du Congo (RDC) n’ont pas encore été retracés. Il appelle les partenaires chargés de la mise en œuvre à justifier l’utilisation de ces financements.
La gestion des fonds destinés à la lutte contre l’épidémie d’Ebola en RDC suscite de nouvelles interrogations. Lors d’une conférence de presse organisée mercredi 14 octobre à Kinshasa, Jean Kaseya a dénoncé le manque de visibilité sur une partie importante des financements mobilisés par les partenaires internationaux.
Selon le directeur général d’Africa CDC, les donateurs ont déjà décaissé 962 millions de dollars américains au profit des partenaires chargés de la mise en œuvre des activités de riposte. Cependant, lors d’une réunion consacrée à la justification de ces ressources, les informations disponibles n’auraient permis de retracer qu’un peu plus de 200 millions de dollars.
« Ça fait 700 millions USD à rechercher », a déclaré Jean Kaseya, assurant que les montants avancés reposent sur des informations communiquées par les donateurs.
Il précise que, parmi les quelque 200 millions de dollars retracés, près de 100 millions n’auraient pas encore été utilisés et resteraient disponibles auprès des partenaires concernés.
L’INSP réclame des comptes aux partenaires
Ces déclarations interviennent dans un contexte de préoccupations croissantes concernant la transparence des financements de la riposte sanitaire.
Lors d’un point de presse tenu le 2 octobre, le directeur général de l’Institut national de santé publique (INSP), Dieudonné Mwamba, avait indiqué que, sur environ 94 partenaires accrédités par les autorités congolaises, seuls 25 avaient transmis des informations sur les fonds reçus et leur utilisation.

Selon les chiffres présentés à cette occasion, les engagements annoncés s’élevaient à environ 260 millions de dollars, dont 226,344 millions effectivement perçus. Les dépenses déclarées atteignaient 127,374 millions de dollars, tandis que le solde disponible était estimé à 89,326 millions.
Ces données mettent en évidence les difficultés rencontrées par les autorités pour obtenir une vue d’ensemble des ressources mobilisées et de leur utilisation sur le terrain.
Kinshasa menace de retirer des accréditations
Face à ce manque de visibilité, le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Roger Samuel Kamba, avait annoncé des mesures à l’encontre des organisations incapables de justifier les financements reçus.
Il avait précisé que cette démarche faisait suite à une instruction du président de la République, Félix Tshisekedi, transmise au gouvernement.
Les partenaires concernés devaient recevoir des correspondances leur demandant de rendre compte de l’utilisation des fonds. Les organisations qui ne se conformeraient pas à cette exigence s’exposeraient notamment au retrait de leur accréditation et à d’autres mesures administratives, avait averti le ministre.

Roger Samuel Kamba avait également indiqué que le premier plan de riposte, établi sur trois mois, faisait état d’environ 227 millions de dollars mobilisés, dont près de 99 millions resteraient inutilisés par les partenaires.
En revanche, il avait assuré que les 50 millions de dollars mobilisés par l’État congolais avaient été utilisés de manière transparente, précisant qu’un rapport sur ces dépenses avait été transmis à la Première ministre.
Le ministre avait par ailleurs estimé que le manque de visibilité sur les financements des partenaires compliquait la gestion du système de santé et les discussions avec les institutions financières internationales, notamment le Fonds monétaire international (FMI), au sujet des appuis budgétaires.
Africa CDC promet de poursuivre les investigations
En visite en RDC depuis le mardi 13 octobre, Jean Kaseya affirme vouloir poursuivre les démarches auprès des donateurs et des partenaires de mise en œuvre afin d’établir la destination des sommes qui n’ont pas encore été justifiées.
Le responsable d’Africa CDC soutient que les chiffres avancés proviennent des informations transmises par les bailleurs de fonds, notamment à travers des communications officielles.
Il assure que les investigations se poursuivront jusqu’à ce que les organisations concernées rendent compte des ressources reçues.
Cette controverse remet au premier plan la question de la redevabilité dans la gestion de l’aide internationale destinée aux urgences sanitaires en RDC, alors que le pays fait face à une épidémie d’Ebola due à la souche Bundibugyo.
Au-delà des montants annoncés, l’enjeu est de déterminer quelle part des financements a effectivement été dépensée, quels fonds restent disponibles et quelles activités ont été réalisées grâce à ces ressources.
