RDC : retour progressif au calme à Kolwezi après des manifestations de creuseurs artisanaux
Des pneus brulés par des manifestants le 31/12/2017 à Kinshasa lors de la marche initiée par le Comité laïc de coordination (CLC). Radio Okapi/Ph. John Bompengo

RDC : retour progressif au calme à Kolwezi après des manifestations de creuseurs artisanaux

La tension baisse progressivement à Kolwezi, dans la province du Lualaba, après deux jours de manifestations de creuseurs artisanaux contre les difficultés d’accès aux zones d’exploitation et la fermeture de plusieurs comptoirs d’achat de minerais. Des associations de la société civile font état d’un mort et de plusieurs blessés, un bilan qui n’a pas été confirmé officiellement. La gouverneure Fifi Masuka Saini annonce une piste de solution : la mise à disposition d’une zone d’exploitation artisanale.

Des barricades, des incendies et des affrontements

Des pneus brulés par des manifestants le 31/12/2017 à Kinshasa lors de la marche initiée par le Comité laïc de coordination (CLC). Radio Okapi/Ph. John Bompengo

Déclenchées lundi, les manifestations se sont poursuivies mardi dans plusieurs quartiers de Kolwezi, notamment à Luilu, Kasulo et aux abords de certains sites miniers. Des manifestants ont érigé des barricades, brûlé des pneus et pris pour cible des véhicules. Des commerces et des écoles ont également fermé dans les zones affectées.

Des affrontements ont opposé les creuseurs artisanaux aux forces de sécurité. Selon des associations de la société civile, un exploitant artisanal aurait été tué par balle et quatre à cinq autres personnes blessées par balle. Ces informations n’ont pas été confirmées par les autorités.

Le poste de la Police nationale congolaise situé dans la cellule Dilungu, au quartier Biashara, dans la commune de Dilala, a été saccagé puis incendié. Selon Lucien Kalonda, chef du quartier Biashara, des détenus ont également été libérés par les manifestants avant leur départ.

Le colonel Emmanuel Katambwe, chef de la police de Kolwezi, a indiqué que la situation était redevenue calme grâce, notamment, à l’appui de certains habitants et à l’intervention des forces de sécurité.

Fifi Masuka promet une zone d’exploitation artisanale

Des creuseurs clandestins dans une mine de cuivre de la Chemaf à Lubumbashi (Décembre 2012)

Face à la colère des creuseurs, la gouverneure du Lualaba, Fifi Masuka Saini, a reçu mardi une délégation de jeunes leaders de l’ancienne cité Gécamines de Luilu. La rencontre a notamment porté sur la mise à disposition d’une zone d’exploitation artisanale (ZEA), qui permettrait aux exploitants de reprendre leurs activités dans un cadre légal.

À l’issue des échanges, Xavier Mujinga, président de l’association Luilu Yetu, a indiqué que la gouverneure s’était engagée à accompagner les exploitants dans l’obtention des documents officiels de leur coopérative.

Une entreprise devrait ensuite procéder aux travaux de découverture et d’aménagement du site envisagé. Aucun calendrier de mise en œuvre n’a toutefois été communiqué.

Xavier Mujinga a appelé les jeunes et les creuseurs au calme, tout en condamnant les actes de vandalisme et de pillage enregistrés pendant les manifestations.

La fermeture des comptoirs au cœur de la colère

Les manifestations auraient été provoquées par la fermeture de plusieurs comptoirs d’achat de minerais, à la suite de contrôles de traçabilité menés par les autorités congolaises.

« Si on arrête ceux qui achètent les minerais, où les mineurs artisanaux vont-ils vendre leurs marchandises ? », s’est interrogé Lambert Menda, représentant de la Nouvelle société congolaise du Lualaba, cité par l’AFP.

Cette situation met en lumière les difficultés auxquelles sont confrontés les exploitants artisanaux dans une région dominée par de grandes entreprises minières.

Kolwezi figure parmi les principaux centres mondiaux de production de cuivre et de cobalt, deux minerais essentiels à la transition énergétique. Alors que les activités industrielles occupent une place importante dans l’économie locale, des dizaines de milliers de creuseurs artisanaux tentent également d’en tirer leurs moyens de subsistance, souvent dans des conditions difficiles.

L’expansion des exploitations industrielles et l’accès limité aux espaces réservés à l’exploitation artisanale alimentent régulièrement les tensions entre les différents acteurs du secteur.

La mise à disposition d’une zone d’exploitation artisanale pourrait ainsi contribuer à apaiser la situation à Kolwezi, à condition que les engagements annoncés se concrétisent et permettent aux creuseurs d’exercer leurs activités dans un cadre légal.

AFP-SHRDC