🎧 Constitution : un faux communiqué attribué aux jeunes catholiques et des rumeurs sur les évêques alimentent la désinformation

La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) a estimé qu’il n’y a « ni nécessité, ni urgence, ni opportunité » de modifier la Constitution. Dans la foulée, plusieurs publications ont circulé sur les réseaux sociaux. Certaines affirment qu’une structure officielle représentant les jeunes catholiques soutient une révision constitutionnelle, s’opposant ainsi à la ligne tracée par les évêques. D’autres prétendent que certains évêques auraient refusé de signer la déclaration de la CENCO parce qu’ils seraient favorables au changement de la Constitution. Dans les deux cas, les vérifications ont établi qu’il s’agit des affirmations fausses.

Le 19 juin, à l’issue de son Assemblée plénière extraordinaire tenue à Kinshasa, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) a publié une déclaration sur la situation du pays. Dans ce document signé par 37 évêques, les prélats ont dit n’avoir vu « ni la nécessité, ni l’urgence, ni l’opportunité du changement de la Constitution », considérant que les priorités de la RDC demeurent la paix, le bien-être social, l’unité et la cohésion nationale. Au lendemain de cette prise de position, plusieurs contenus ont commencé à circuler en ligne, cherchant à remettre en cause ou à relativiser cette déclaration.

Parmi les documents largement relayés figure un communiqué portant l’en-tête de la « Commission des jeunes catholiques ». Le texte affirme que les jeunes de l’Église catholique soutiennent le changement de la Constitution, donnant ainsi l’impression d’une prise de distance avec la position officielle de la CENCO. L’examen du document révèle toutefois plusieurs anomalies. D’abord, la date mentionnée est le 31 mai 2025, soit plus d’une année avant la publication de la déclaration de la CENCO à laquelle le communiqué est censé répondre. Ensuite, les coordonnées figurant au bas du document soulèvent plusieurs interrogations. L’adresse indiquée, située sur l’avenue de la Justice dans la commune de Lingwala, ne correspond à aucune localisation identifiable. Les adresses électronique et internet mentionnées sont également inactives.

Afin de vérifier l’authenticité du document, « Vunja Uongo » a contacté le numéro de téléphone qui y figure. Au bout du fil, l’interlocuteur s’est présenté comme « Fiston Mukebayi ». Les recherches effectuées par la cellule de vérification des faits du SHRDC montrent cependant que ce numéro est enregistré au nom de « Fernandez Kadiamba », présenté dans le communiqué comme coordonnateur de la structure.

Dans un premier temps, celui-ci a affirmé que la « Commission des jeunes catholiques » était reconnue par l’Église catholique. Invité à préciser quelle autorité ecclésiastique avait accordé cette reconnaissance, il a finalement déclaré que les démarches étaient encore en cours et que la structure ne disposait pas encore de tous les documents nécessaires.

Structure non reconnue par l’Église

Interrogée sur cette prétendue commission, la CENCO affirme qu’elle ne fait pas partie de son organisation. Selon la Conférence épiscopale, l’institution fonctionne autour de seize commissions épiscopales. Les questions relatives aux jeunes relèvent de la Commission épiscopale pour l’apostolat des laïcs. La CENCO a précisé qu’il existe en revanche une « Commission nationale des jeunes catholiques » (CNJC), composée d’une direction pastorale et spirituelle dirigée par un prêtre ainsi que d’un secrétariat technique assuré par un laïc. Joint, le secrétariat technique de la CNJC a confirmé ne pas être émissaire du communiqué largement partagé sur les réseaux sociaux. Sollicité, le responsable de la direction pastorale, l’abbé Gatien-Fernand Mulumba, avait promis de fournis plus d’éléments mais sans suite.

La publication de la déclaration de la CENCO a également donné naissance à une autre rumeur. Plusieurs publications (1, 2, 3, 4, …), relayées notamment par certains journalistes sur les réseaux sociaux, ont affirmé que l’évêque de Mbuji-Mayi, Mgr Emmanuel Bernard Kasanda, aurait refusé de signer la déclaration parce qu’il soutiendrait une révision de la Constitution. Là encore, la CENCO a catégoriquement démenti cette version. Son département de communication a qualifié ces affirmations de « manipulation » et de « création de mauvais goût ».

Selon les explications fournies, Mgr Kasanda ne participait pas à l’Assemblée plénière pour des raisons pastorales et avait officiellement présenté ses excuses. D’autres évêques étaient également absents, notamment ceux exerçant dans les diocèses situés dans des zones affectées par l’insécurité liée au M23. Sollicité par notre rédaction, Mgr Kasanda n’a pas répondu à nos demandes de commentaire.

Quorum et unanimité autour de la déclaration de la CENCO

Le nombre de signatures figurant au bas de la déclaration a lui aussi alimenté des interprétations. La CENCO rappelle toutefois que son règlement prévoit qu’un quorum des deux tiers des évêques convoqués est suffisant pour que l’Assemblée siège valablement. Le secrétaire général de la CENCO, Mgr Donatien Nshole, a précisé que les 37 évêques présents avaient adopté le texte « à l’unanimité ». Selon lui, l’absence des autres évêques ne doit pas être interprétée comme un boycott ou un désaccord avec la déclaration. Au total, la CENCO compte 48 évêques, 52 si l’on inclut les auxiliaires. Mgr Nshole a expliqué par ailleurs que les évêques des diocèses actuellement sous contrôle de l’AFC/M23 n’ont pas non plus pu faire le déplacement de Kinshasa.

Sur le terrain, certains groupes de fidèles ont néanmoins exprimé leur désaccord avec la position de la CENCO. À Kananga, par exemple, des jeunes se réclamant de l’Église catholique ont manifesté devant certaines paroisses pour dénoncer la signature de leur évêque. Ces initiatives ne signifient toutefois pas qu’elles représentent l’ensemble des catholiques du pays. Comme toute institution regroupant plusieurs millions de fidèles, l’Église catholique rassemble des sensibilités diverses. Les opinions de certains mouvements ou groupes ne remplacent pas la position officielle exprimée par l’organe représentant les évêques du pays.

Alors que les débats politiques sont souvent propices à la diffusion de fausses informations, il est important d’être attentif aux détails face à un document circulant en ligne. Lorsqu’une publication attribue une prise de position à une institution ou à une personnalité publique, la recherche de confirmation auprès de sources officielles est indispensable.

La rumeur de la semaine est une rubrique pour décrypter les fausses informations qui circulent sur nos réseaux sociaux et au sein de nos communautés locales sur le terrain.

Dandjes Luyila