🎧 En RDC, les journalistes confrontĂ©s Ă  la prĂ©caritĂ© et aux pressions politiques

Célébrée sous le thème « Façonner un avenir de paix », l’édition 2026 intervient dans un contexte particulièrement préoccupant. Selon l’ONG internationale Reporters sans frontières (RSF), la liberté de la presse n’a jamais été aussi faible depuis 25 ans. Cette alerte met en lumière les nombreuses menaces pesant sur le journalisme libre à l’échelle mondiale. Dans plusieurs régions du globe, les médias font face à des obstacles majeurs, notamment des pressions politiques et économiques, mais aussi des conflits armés, l’instrumentalisation des lois contre les journalistes, ou encore des restrictions d’accès à l’information.

A l’échelle mondiale, ces facteurs contribuent à affaiblir l’indépendance des rédactions et à limiter la capacité des journalistes à exercer leur métier en toute liberté. En République démocratique du Congo, la situation est encore moins reluisante. Le pays est en effet classé 130ème sur 180 États à l’indice 2026 sur la liberté de la presse de RSF. Les médias congolais, fonctionnent, pour la plupart, dans des conditions précaires. Manque des matériels adéquats, absence de contrats de travail pour le personnel, ou encore faible financement sont leur lot quotidien. De plus, le pays ne dispose toujours pas d’une Loi sur l’accès à l’information. Le texte traine dans les tiroirs de l’Assemblée nationale depuis plusieurs années, rendant encore plus difficile le travail des journalistes.

« Si l’on ne fait un forcing pour accéder aux sources d’information, la désinformation peut vite être servie au public. Mais ce forcing pour accéder aux sources est souvent buter à des chantages », déplore Modeste Modero, Rédacteur en chef de Bandundu FM.

Influence politique et autocensure

Dans l’exercice du métier, cette situation renforce la position des médias tenus par des politiques qui utilisent leurs réseaux pour accéder aux exclusivités. Mais cela n’est pas sans conséquence et caporalise le traitement de l’information. Brunelle Ndombe, Directeur des programmes à Nzondo Télévision, fait remarquer que l’appartenance des médias aux politiques restreint la liberté des journalistes, parfois contraint de mettre une croix sur l’objectivité afin de plaire à leurs patrons. « Ils font de l’auto censure pour éviter tout désagrément », déplore-t-il.

Toutefois, la précarité du métier dans le pays oblige parfois ces professionnels des médias à abdiquer. C’est ce que fait constater Jules Mbuyu, journaliste à Golgotha FM et promoteur du média en ligne Dynamique Infos. Selon lui, le manque des finances rend vulnérables les journalistes face aux sirènes des acteurs prêts à manipuler l’information, rappelant que « qui paie le musicien choisit la musique ».

Réseaux sociaux, révolution à double tranchant

En RDC, l’essor des réseaux sociaux a profondément transformé la circulation de l’information. Si ces plateformes permettent une diffusion rapide, elles favorisent aussi la propagation de contenus non vérifiés dans un pays où la structuration même du paysage médiatique pose encore problème. Dans un contexte où les journalistes manquent de formation continue et de moyens, cette accélération de l’information pose un véritable défi en matière de crédibilité et de fiabilité.

Le thème choisi au niveau national pour célébrer la Journée mondiale de la liberté de la presse est révélateur de cette situation. « Médias responsables, innovation numérique et cohésion nationale : bâtir un espace informationnel au service de la paix en RDC » est un sujet qui rappelle en effet l’urgence de renforcer les mécanismes de protection des journalistes, d’améliorer leurs conditions de travail et de garantir un accès équitable à l’information alors que tout va vite désormais.

Tour d’horizon complet dans ce magazine de Doudou Endombe Moseka.