🎧 Non, le gouvernement congolais n’a ni imposé une vaccination obligatoire, ni ordonné la fermeture des écoles suite à Ebola

Alors que la République démocratique du Congo fait face à sa 17e épidémie de la maladie à virus Ebola, deux vidéos massivement relayées sur TikTok affirment que les autorités ont rendu la vaccination obligatoire sur toute l’étendue du territoire national et décidé la fermeture d’écoles et d’universités dans plusieurs provinces. Ces contenus, vus plus de quatre millions de fois en quelques jours, utilisent des images et des voix présentées comme officielles. Vunja Uongo a vérifié ces affirmations.

Le 25 mai, le compte TikTok « Congo Stars Influence » a publié deux vidéos à trois heures d’intervalle. Dans la première, une femme présentée comme une responsable de la Police nationale congolaise annonce que la vaccination contre Ebola serait désormais obligatoire en RDC et que les récalcitrants s’exposeraient à des sanctions, voire à des arrestations. Dans la seconde, le président de la République, Félix Tshisekedi, semble annoncer la fermeture immédiate des écoles, universités et centres de formation dans plusieurs localités touchées par l’épidémie, notamment à Bunia, Mongbwalu, Nyankunde, Goma, Butembo et Katwa.

Ces deux annonces ont suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, certains internautes exprimant leur inquiétude face à ces prétendues mesures sanitaires. L’examen de la première vidéo révèle plusieurs éléments inhabituels. Les mouvements du visage de la présentatrice apparaissent artificiels, la voix manque de naturel et le décor évoque davantage un environnement numérique qu’un véritable plateau de télévision.

Pour approfondir l’analyse, la séquence a été soumise à Hive Moderation, un outil spécialisé dans la détection des contenus générés par intelligence artificielle. Le résultat indique une probabilité de 99,9% que la vidéo ait été créée artificiellement. Par ailleurs, contacté par Vunja Uongo, le Commissariat provincial de la Police nationale congolaise à Kinshasa a indiqué ne pas reconnaître la personne apparaissant dans la vidéo et a démenti être à l’origine de cette communication.

Pas de fermetures d’écoles envisagée

La seconde vidéo utilise l’image du président Félix Tshisekedi pour annoncer la fermeture d’établissements scolaires. Une surveillance des plateformes numériques officielles de la Présidence de la République n’a permis de retrouver aucune communication similaire. L’analyse par Hive Moderation donne un résultat plus nuancé concernant l’image, avec une probabilité de 68% d’utilisation de l’intelligence artificielle. En revanche, l’outil estime à 98,5% la probabilité que la voix ait été générée artificiellement.

Résultat de l’analyse Hive Moderation de la seconde vidéo

Pour comprendre cette différence, une recherche d’images inversées a été effectuée à partir de captures d’écran de la vidéo. Celle-ci a permis d’identifier la photographie utilisée, retrouvée sur une publication sur le compte X de la présidence documentant la 70e réunion ordinaire du Conseil des ministres, tenue le 12 décembre 2025 à la Cité de l’Union africaine. L’image authentique a ensuite été animée numériquement afin de simuler une prise de parole du chef de l’État. La porte-parole de la Présidence, Tina Salama, a également indiqué qu’il s’agissait d’un faux contenu.

« Il n’y a pas eu cette décision. Les décisions du Président sont officielles et publiques. On est en présence d’un deepfake », a-t-elle confié à la cellule de vérification des faits du Studio Hirondelle RDC.

Lors d’un briefing organisé à Bunia le 29 mai, le ministre de la Santé a indiqué que les écoles poursuivaient leurs activités normales tout en appliquant des mesures renforcées de prévention. « Nous n’avons pas fermer les écoles et nous n’allons pas les fermer. Nous n’allons pas punir deux fois les élèves mais nous allons tout faire pour qu’ils ne soient pas contaminés », a-t-il rassuré.

Ni vaccin, ni traitement approuvé pour la souche Bundibugyo

Par ailleurs, l’affirmation concernant une vaccination obligatoire apparaît incohérente avec la situation sanitaire actuelle. L’épidémie déclarée le 15 mai est causée par la souche Bundibugyo du virus Ebola. À ce jour, cette souche ne dispose ni d’un vaccin homologué ni d’un traitement spécifique validé à grande échelle. Les patients bénéficient toutefois d’une prise en charge médicale reposant sur des soins de soutien, incluant notamment la réhydratation, les perfusions et le traitement des complications. Les autorités poursuivent également les recherches sur des traitements expérimentaux et des candidats vaccins adaptés à cette souche.

Les crises sanitaires amplifient la désinformation. Avec la montée de l’intelligence artificielle, une vidéo réaliste n’est plus une preuve d’authenticité. Les outils d’intelligence artificielle permettent aujourd’hui de créer de faux présentateurs, de générer des voix crédibles et d’animer des photographies officielles avec un niveau de réalisme élevé. Face à une annonce spectaculaire, particulièrement en période de crise sanitaire, il est recommandé de vérifier l’origine de la publication, consulter les canaux officiels des institutions concernées, rechercher si d’autres médias fiables rapportent la même information, observer les indices techniques tels qu’une voix robotique, des mouvements artificiels du visage ou un ton excessivement alarmiste et éviter de partager un contenu avant d’en avoir confirmé l’authenticité.

La rumeur de la semaine est une rubrique pour décrypter les fausses informations qui circulent sur nos réseaux sociaux et au sein de nos communautés locales sur le terrain.

Dandjes Luyila