Kaolin ou mabele est rependu partout, même là où on s’attendait le moins. C’est la tendance actuelle, croquer la pierre à longueur des journées en se filmant. Ces vidéos sur la toile accentuent la situation. Les gens, souvent des femmes, tout âge confondu se lance dans la consommation de l’argile, et en quantité considérable. On assiste donc à la géophagie, c’est-à-dire la consommation volontaire de terre ou d’argile. Dans la catégorie, on y trouve le kaolin sous ses diverses teintes : blanche, rouge, rose, verte, jaune, grise ou encore noire.
En République démocratique du Congo, le kaolin porte plusieurs appellations selon les régions et les communautés : mabele dans l’Ouest du pays, tokoke à Kisangani ou encore pemba au grand Katanga. Dans les autres pays africains comme en Côte d’Ivoire, on parle notamment de kalaba, de kew au Sénégal ou encore d’eko au Nigeria. Dans plusieurs traditions africaines, le kaolin est utilisé depuis longtemps, notamment dans la cosmétique et dans certains produits traditionnels médicamenteux. Sa consommation est aussi une question d’habitude et culturelle. Une fois on se lance à consommer le kaolin, on a du mal à contrôler. Il agit comme de la drogue.
Le kaolin est consommé brut, certains le trempe dans l’eau salé puis le sécher au soleil, ou encore le met au four ou sur le feu pour relever le gout. Certaines personnes développent une dépendance et deviennent addict, donc une consommation difficile à contrôler. C’est le syndrome de Pica. Un comportement alimentaire caractérisé par l’ingestion répétée de substances non alimentaires et non comestibles, comme la terre et autres.
Sur TikTok, des courtes vidéos des personnes qui croquent sur des morceaux de pierre sont devenus virales et cumulent à seules plus de 55 millions de vues.
Plus les gens en consomment, plus sa commercialisation s’intensifie
Derrière cette consommation, c’est aussi toute une activité commerciale qui s’est développée. Au marché dénommé Agence PMU, situé à quelques mètres de la maison communale de Kingasani, c’est l’un des marchés qui alimentent la ville en kaolin. Le lieu est inondé des sacs de kaolin ou mabele, à première vue, tu croirais être en face des cossettes de manioc. Ce sont des grossistes en fait. On y trouve des femmes qui ont près de 10 ans dans cette activité. Au début, le mabele n’attirait pas un grand monde comme aujourd’hui. Là -bas, c’est vendu en gros et en détail. A partir de 100 Francs Congolais à plus de 200 milles Francs le sac. Un commerce très rentable. L’avantage : la marchandise ne pourri pas, il ne perd pas de saveur, et son odeur est un peu envoutant. A la vue du kaolin, le consommateur salive. Des clients viennent de partout, il est même exporté à Brazzaville ou en Angola, vu la proximité avec la capitale. Mais le kaolin est aussi exporté en Europe.
Le kaolin ou mabele qui est consommé à Kinshasa provient de la province de Kwilu, parfois de la Tshopo. A partir de Kwilu, le mabele arrive par route et celui de Kisangani vient par bateau. Extrait de la terre, séchée au soleil ou au feu avant d’être acheminés dans la capitale. Et là encore, des creuseurs ont développé cette activité et des trous béants se créent dans l’environnement.
Quel impact sur la santé
La consommation régulière n’est pas sans risques pour la santé. A en croire les médecins, le kaolin capte le fer et les nutriments. C’est qui prive le corps de ses éléments essentiels. Il peut favoriser l’anémie, provoquer la constipation et autres soucis de santé. Certaines études ont démontré qu’en plus de l’Aluminium, le kaolin renferme des métaux lourd comme le plomb et autres, très nocif pour le corps humain. Donc il n’y a aucun bénéfice à consommer le kaolin
Qu’à cela ne tienne, le kaolin est présent partout : dans les marchés, les boutiques, les avenues et même chez les vendeurs ambulants. En bâtonnets, en petits ou gros morceaux, le kaolin est consommé comme une friandise. Certaines personnes, en majorité des femmes, disent en manger pour camer les nausées, réduire certaines douleurs au bas ventre ou simplement couper la faim. D’autres évoquent plutôt le plaisir de son gout salé ou encore une habitude devenue difficile à abandonner.