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Ngoma Ya KongoMagazines

©AFP
Un homme battu à Kinshasa par des manifestants lors d'un meeting

Des auteurs de justice populaire échappent aux instances judiciaires en RDC

Dans différentes provinces du pays, des scènes de lynchage se produisent quasiment chaque année. Ces actes de violences visent notamment des présumés voleurs ou des sorciers. Une pratique illégale. Mais des responsables de ces actes de violences ne sont pas inquiétés. Les autorités judiciaires évoquent des difficultés à identifier ces personnes. Elles exhortent la population à mettre à la disposition de la justice tout présumé criminel.

A Matadi, province du Kongo Central, à l’ouest de la République Démocratique du Congo, des cas de justice populaire sont récurrents. A Dibuansakala, un quartier populaire de la commune de Nzanza, un jeune de 22 ans a été brulé vif après avoir été pris dans sa course en septembre. Des habitants en colère l’accusaient d’avoir volé un poste téléviseur. Sur place, les avis divergent à ce sujet. Un enseignant rencontré dans la ville portuaire fustige la passivité des autorités. ‘’L’abandon d’une justice active dans le pays fait que la population se prenne en charge. Malheureusement, on ne peut que déplorer les situations qui interviennent lorsque les gens s’assument’’, déclare-t-il.

Plus de 40 morts en 12 mois

Au cours des douze derniers mois, 42 personnes ont été lynchées sur l’ensemble de la province, note le bureau provincial des droits humains. A la société civile, on condamne fermement cette pratique, soulignant que la procédure judiciaire doit être respectée.

Dans la partie Est du pays, les autorités ont du mal à éradiquer ces actes de violences. C’est le cas notamment dans la région de Beni, au Nord-Kivu. Parmi les cibles se trouvent des présumés rebelles qui se seraient infiltrés au sein de la communauté, des bandits à mains armées ou simplement des personnes accusées de sorcellerie. Les victimes sont exécutées avec cruauté.  Parfois des parties génitales amputées, avant que les bourreaux ne mettent du feu sur leurs corps.

Ici aussi, les autorités judiciaires essuient des critiques. ‘’Il y a des dossiers qui peuvent durer un an, voire deux, sans que l’instruction soit entamée.  Cela amène la population à croire que la justice n’est là que pour la rançonner au lieu de tirer au clair les différends qu’il y a dans la communauté’’, déplore un habitant de Beni.

Des innocents victimes

Le phénomène préoccupe également à Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu. La coordination urbaine de la société civile s’active pour la prévention des actes de justice populaire. Par la radio, elle organise des sessions d’information pour interpeller les gomatraciens sur les conséquences. ‘’Il y a beaucoup d’innocents qui périssent suite à ces actes,  s’étant retrouvés au mauvais endroit, au mauvais moment’’, signale Batundi Yangi Vicard de la société civile de Goma.  Loin des médias, des « causeries éducatives» sont aussi organisées  dans différents quartiers sur la lutte contre la justice populaire. Des mouvements citoyens comme Lutte pour le changement (LUCHA) qui combattent « l’illégalité » se joignent également à cette campagne.

Le Ministère de la justice s’est penché sur la question dans son plan d’action prioritaire issu des états généraux de la justice tenus en 2015.  Un diagnostic démontrant le ‘’difficile accès à la justice et la crise de confiance suite aux antivaleurs qui ruinent notre système judiciaire’’ a été fait, note Michael Kahambira expert au Ministère. ‘’ Il y a des modes alternatifs de règlement de conflits qui sont en train d’être promus pour combler cette transition qui part du déficit de confiance jusqu’à arriver à une situation de pleine confiance envers les instances judiciaires’’, rassure l’expert. 

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