En République démocratique du Congo, le nombre d’officines pharmaceutiques autorisées demeure largement inférieur aux besoins réels de la population. À cette insuffisance s’ajoute une géolocalisation peu claire des pharmacies, souvent inadaptée à la densité démographique. Pour y remédier, un « maillage officinal » a été lancé afin de permettre à l’Ordre des pharmaciens de disposer d’un réseau d’officines viables et mieux contrôlées.
En attendant, les officines existantes peinent à atteindre un niveau de viabilité acceptable. Autre défi, la gestion des médicaments périmés. Ces produits, impropres à la consommation, doivent impérativement être détruits afin d’éviter tout risque sanitaire. En RDC, la charge de réguler le secteur incombe à l’Autorité congolaise de réglementation pharmaceutique (ACOREP), née des centres de l’ancienne Direction de la pharmacie et du médicament (DPM). L’ACOREP s’emploie notamment à récupérer les médicaments périmés pour les incinérer dans des sites sécurisés et conformes aux normes en vigueur.
Toutefois, cette opération a un coût, imposable aux propriétaires d’officines ou aux pharmaciens. Cet argent à couvrir les frais liés à la destruction, notamment l’utilisation d’incinérateurs à haute température, le transport, le carburant et la sécurisation des sites. Une contrainte financière qui pousse certains tenanciers peu scrupuleux à se soustraire à cette obligation.
Trafic d’étiquettes, le business risqué des médicaments périmés
Dans la cité de Zongo, province du Sud-Ubangi, Fiston Legbiata, tenancier d’une officine, reconnaît que lorsque les services de santé tardent à passer, il lui arrive de changer les étiquettes des médicaments afin d’éviter des pertes financières. Une pratique illégale, mais révélatrice des dérives observées sur le terrain. À Lubumbashi, dans la province du Haut-Katanga, Mavuma Ramazani, un autre pharmacien, déplore pour sa part le montant exigé à chaque fois qu’un produit devient hors d’usage. « Généralement, c’est près de la moitié du prix du médicament », explique-t-il, évoquant une double perte économique.
Face à ces critiques, Armand Mutombo, chef de division provinciale de l’ACOREP à Kinshasa, justifie ces frais par les exigences logistiques et techniques de l’opération. Selon lui, les fonds perçus permettent aux services compétents de disposer d’équipements adaptés, de trouver des sites appropriés pour l’incinération et d’assurer le bon déroulement du processus dans le respect des normes environnementales et sanitaires.
La législation en vigueur en RDC interdit formellement de jeter les médicaments périmés dans les poubelles, de les abandonner à même le sol ou de les brûler de manière artisanale. Ces pratiques exposent la population à de graves risques sanitaires et environnementaux. Pour renforcer la sensibilisation et la régulation du secteur, l’Ordre des pharmaciens prévoit d’organiser, en mars prochain à Kinshasa, les « Journées pharmaceutiques nationales », en collaboration avec d’autres services de santé. Une initiative destinée à redynamiser le secteur et à rappeler l’urgence d’une gestion responsable des médicaments périmés en RDC.