RDC : ce qu’il faut comprendre des sanctions américaines contre Joseph Kabila
Joseph Kabila, le 30 mai 2025 à Goma. Crédit photo : AFP - JOSPIN MWISHA

RDC : ce qu’il faut comprendre des sanctions américaines contre Joseph Kabila

Les États-Unis ont annoncé, jeudi, avoir pris des sanctions contre l’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila. Le département du Trésor américain, via l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), reproche à l’ancien chef d’État congolais son rôle dans la déstabilisation de l’Est de la RDC, en proie à la guerre depuis plusieurs années.

Selon le Trésor américain, Kabila a « matériellement assisté, parrainé ou fourni un soutien financier, matériel ou technologique, ou des biens ou services » à l’Alliance fleuve Congo – Mouvement du 23 mars (AFC/M23). Ce soutien aurait permis à l’ancien président de peser sur la situation politique dans les zones sous influence rebelle. Washington l’accuse également d’avoir « encouragé des soldats » de l’armée régulière à déserter pour rejoindre les rangs de l’AFC. Kabila aurait aussi tenté de lancer des attaques depuis l’étranger contre les FARDC dans l’est de la RDC.

« Grâce au soutien financier et politique de M. Kabila, ces groupes sont les principaux vecteurs de violence et d’instabilité dans la région », a déclaré le porte-parole du département d’État, Thomas Pigott, dans un communiqué rapporté par l’Agence France-Presse (AFP).

En se rapprochant de l’AFC/M23, Joseph Kabila cherchait, selon les informations des États-Unis, à installer un opposant à Félix Tshisekedi à la tête du pays afin de retrouver une influence politique. Une démarche qui a « semé l’instabilité » en RDC alors que les rebelles de l’AFC occupent actuellement plusieurs pans du territoire national.

Gel des avoirs et interdiction de transactions en dollars américains

Président de la RDC entre 2001 et 2019, Joseph Kabila intègre la liste noire des personnalités frappées de sanctions économiques par les États-Unis. Dans un communiqué publié dans la foulée, le secrétaire au Trésor américain -équivalent du ministre des Finances- a rappelé le rôle de Washington dans la recherche de la paix en RDC. Selon lui, le président Trump « a clairement indiqué que ceux qui continuent de semer l’instabilité [en RDC, NDLR] devront rendre des comptes ».

Inscrit sur la liste SDN (Specially Designated Nationals), Joseph Kabila se retrouve immédiatement coupé du système financier américain. Tous ses avoirs situés aux États-Unis sont gelés et aucun citoyen ou entreprise américaine n’a le droit d’entretenir des relations financières ou commerciales avec lui, sous peine de sanctions. Cette interdiction ne se limite pas au territoire américain puisqu’en pratique, elle s’étend bien au-delà. En effet, plusieurs banques et institutions financières internationales préfèrent éviter tout lien avec une personne sanctionnée, de peur de s’exposer elles-mêmes à des mesures de rétorsion.

La liste « SDN » est l’un des outils les plus puissants de la politique de sanctions des États-Unis. Ce mécanisme vise à exercer une pression maximale, sans recourir à des moyens militaires, sur des acteurs accusés de menacer la sécurité, de soutenir des groupes armés ou de participer à des activités jugées illégales par Washington. À travers cette décision, l’administration Trump entend réduire les capacités d’action de Joseph Kabila en le privant de ressources et de relais internationaux.

Kinshasa salue, le clan Kabila relativise

Les sanctions américaines viennent surtout rallonger la liste des déboires de l’ancien président. Accusé dans un premier temps par son successeur d’être à la tête de « l’insurrection », il a perdu ses immunités d’ancien président et de sénateur à vie en mai 2025, avant d’être condamné à mort quatre mois plus tard. De plus, son parti a été interdit de fonctionnement dans le pays et plusieurs de ses collaborateurs se retrouvent soit en exil, soit en détention.

L’annonce des sanctions américaines a, à ce titre, été largement saluée au sein de la majorité au pouvoir. Numéro deux du gouvernement, le ministre de l’Intérieur Jacquemain Shabani a qualifié cette décision de « logique », visant celui qu’il a présenté comme le « concepteur » et l’« instigateur » de la déstabilisation de la RDC.

Membre du premier cercle de Kabila, Patient Sayuba a, pour sa part, préféré relativiser, affirmant que le Congo « sera sauvé, certainement ».

SHRDC, avec AFP