Lancé pour rapprocher les services publics des populations, le Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145T) a permis la construction de nouvelles infrastructures scolaires, sanitaires et administratives dans plusieurs régions de la République démocratique du Congo. À Kasongo, dans le Maniema, et à Muanda, dans le Kongo Central, les réalisations améliorent certaines conditions de vie, mais des chantiers inachevés et des besoins en équipements soulèvent encore des interrogations.
Plus de 2 100 infrastructures prévues
La première phase du PDL-145T prévoyait la construction de plus de 2 100 infrastructures socio-économiques de base à travers le pays. Le programme comprend notamment environ 1 198 écoles primaires, près de 786 centres de santé et 145 bâtiments administratifs.
Sa mise en œuvre a été confiée à trois organismes : le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le Bureau central de coordination (BCECO) et la Cellule d’exécution des financements en faveur des États fragiles (CFEF).
Le PNUD intervient dans 54 territoires répartis dans neuf provinces, le BCECO dans 48 territoires relevant également de neuf provinces, tandis que la CFEF couvre 43 territoires dans sept provinces. Les travaux sont exécutés par des entreprises sélectionnées dans le cadre des marchés publics.
Cinq ans après le lancement du programme, la question centrale reste celle de son impact concret : les infrastructures construites sont-elles achevées, équipées et effectivement opérationnelles ? Les expériences de Kasongo et de Muanda illustrent à la fois les avancées enregistrées et les difficultés qui persistent.
À Kasongo, une école transformée, un bâtiment administratif inachevé
Dans le territoire de Kasongo, au Maniema, l’école primaire Tchatchatcha figure parmi les réalisations qui témoignent des changements apportés par le programme. Avant les travaux, l’établissement fonctionnait dans des bâtiments construits en briques et couverts de toitures en paille. Le mobilier scolaire manquait et, en période de pluie, l’eau s’infiltrait dans les salles de classe, perturbant les enseignements. Certains élèves étaient contraints de s’asseoir sur des briques.
Aujourd’hui, l’école dispose de deux blocs pédagogiques comprenant chacun trois salles de classe, ainsi que d’un bloc administratif avec des bureaux, une salle des enseignants et des latrines séparées pour les hommes et les femmes. Des bancs-pupitres et d’autres équipements ont également été fournis.
Pour Francine Fatouma, directrice de l’établissement, cette transformation constitue une avancée importante. Elle souligne notamment l’amélioration des conditions d’apprentissage et l’augmentation des effectifs scolaires.
Les enseignants se réjouissent également de disposer d’un environnement plus adapté à leur travail.

Mais à quelques mètres de l’école, le chantier du bâtiment administratif de la commune rurale de Kasongo présente une réalité différente. Lors du passage de notre reporter Tony Kassongo, la toiture était posée, mais les murs attendaient encore leurs finitions. Aucune activité n’était visible sur le chantier.
Cette situation suscite la déception de la société civile locale. Amuri Kitoko Jean, acteur de la société civile à Kasongo, s’interroge sur les raisons de l’arrêt des travaux et appelle les autorités locales, provinciales et nationales à s’impliquer pour permettre leur achèvement.
Sollicitée, l’entreprise chargée des travaux n’a pas donné suite aux démarches de notre rédaction.
Un responsable de l’administration locale, qui a accepté de s’exprimer hors micro, a évoqué des contraintes techniques et des retards dans le décaissement des fonds. Selon lui, le dossier fait l’objet d’un suivi et des discussions sont en cours pour permettre la reprise du chantier. Il assure que le projet n’est pas abandonné.
À Kasongo, le contraste est donc manifeste : les nouvelles infrastructures scolaires sont déjà utilisées, tandis que le bâtiment administratif attend toujours son achèvement.
À Muanda, des infrastructures qui améliorent l’accès aux services
Dans le territoire de Muanda, au Kongo Central, le PDL-145T a également permis la réalisation de nouvelles infrastructures dans les secteurs de l’éducation, de la santé et de l’administration publique. La province du Kongo Central attend au total 174 ouvrages dans le cadre du programme.
À l’école primaire Bakuyanga, la construction de nouvelles salles de classe a permis de répondre en partie au manque d’espace qui obligeait l’établissement à organiser les enseignements en vacations du matin et du soir.
Selon les responsables de l’école, cette situation compliquait l’organisation des cours et risquait de compromettre l’achèvement des programmes scolaires. Les nouveaux bâtiments offrent désormais un cadre plus adapté aux élèves et aux enseignants.
Cependant, l’amélioration des conditions d’apprentissage dépend aussi de la disponibilité des enseignants, du matériel pédagogique et de l’entretien des infrastructures.
Dans le secteur de la santé, des centres de santé, notamment ceux de Toumbaki-Touti, Tienfoumou et Makelekele, figurent parmi les ouvrages réalisés dans le cadre du programme.
Dans l’une des structures visitées, un responsable sanitaire indique que le nouveau bâtiment a permis d’augmenter la capacité d’accueil, passée d’environ 15 à près de 30 lits. Auparavant, plusieurs patients pouvaient partager un même lit.
Il relève toutefois que la structure n’a pas encore reçu de dotation en matériel médical. Cette situation rappelle que la construction d’un bâtiment ne garantit pas, à elle seule, une prise en charge sanitaire de qualité.
La présence du personnel, la disponibilité des médicaments et l’accès aux équipements nécessaires restent indispensables au fonctionnement des centres de santé.
Des bâtiments administratifs, mais des besoins persistants
Le secteur administratif bénéficie lui aussi de nouvelles infrastructures à Muanda. Les bâtiments construits dans le cadre du PDL-145T offrent aux agents de l’État davantage de bureaux et des espaces de travail plus adaptés.
Un responsable administratif salue cette amélioration, qui permet de mieux organiser les services publics et de disposer de locaux plus appropriés pour accueillir les usagers.

Il signale néanmoins plusieurs insuffisances, notamment des problèmes d’approvisionnement en eau et d’accès à l’électricité. Les installations solaires utilisées dans ces bâtiments nécessitent également un entretien et un renouvellement réguliers de leurs équipements.
Ces difficultés posent la question de la maintenance des ouvrages et des moyens nécessaires pour assurer leur fonctionnement dans la durée.
Au-delà des constructions, l’enjeu de la durabilité
Les expériences de Kasongo et de Muanda montrent que le PDL-145T apporte des changements concrets dans certaines communautés, notamment grâce à l’amélioration des infrastructures scolaires et à l’augmentation de la capacité d’accueil de certaines structures sanitaires.
Elles révèlent également les limites qui peuvent réduire l’impact du programme : retards de chantier, difficultés logistiques, équipements insuffisants, accès limité à l’eau et à l’électricité ou encore besoins d’entretien.
Le bilan du PDL-145T ne peut donc pas se limiter au nombre d’ouvrages annoncés ou construits. Il doit aussi prendre en compte leur achèvement, leur mise en service et leur capacité à répondre durablement aux besoins des populations.
Cinq ans après son lancement, l’enjeu est désormais de consolider les acquis, de terminer les chantiers en attente et de garantir que les infrastructures réalisées se traduisent par un meilleur accès à l’éducation, aux soins de santé et aux services publics de proximité.