Des médecins et autres professionnels de santé mobilisés dans la riposte contre l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) dénoncent plusieurs semaines d’arriérés de salaires et de primes. Faute de paiement depuis le début de la crise, ils menacent de déclencher une grève si leur situation n’est pas rapidement régularisée.
Selon plusieurs témoignages recueillis auprès des équipes de terrain, des mouvements de protestation ont déjà été observés au centre de traitement Ebola de Rwampara, dans la province de l’Ituri, épicentre de l’épidémie. Lundi, des soignants y ont notamment érigé des barricades et incendié des pneus pour dénoncer leurs conditions de travail.
« Depuis le 15 mai, nous prenons en charge les malades d’Ebola sans percevoir nos salaires. Nous poursuivons notre mission par devoir professionnel, mais les conditions deviennent de plus en plus difficiles », a déclaré le Dr Pascal Bahoya, médecin au centre de traitement. Un autre praticien, le Dr Jérémie Bataga, affirme que plusieurs membres du personnel sont découragés, tout en continuant à assurer les soins.
Les soignants indiquent avoir accordé un délai de 48 heures aux autorités pour le versement de leurs rémunérations et de leurs primes. À défaut, ils préviennent qu’ils lanceront une grève totale, sans service minimum.
La RDC a déclaré sa 17ᵉ épidémie d’Ebola le 15 mai. Près de deux mois plus tard, la maladie continue de progresser alors que le système de santé, confronté à un manque chronique de ressources, peine à répondre à l’urgence.
D’après le dernier bilan officiel publié mardi, l’épidémie a déjà causé 719 décès pour 1 963 cas enregistrés. L’Institut national de santé publique (INSP) rapporte également 112 contaminations parmi les personnels de santé, dont 35 décès.

Au 12 juillet, 727 patients étaient hospitalisés dans les différents centres de traitement Ebola des zones affectées.
En déplacement jeudi en Ituri, le ministre congolais de la Santé, Samuel Roger Kamba, a reconnu l’existence de retards dans le paiement des équipes de riposte. Il a assuré que les difficultés, liées selon lui à des problèmes d’organisation, seraient bientôt résolues.
La riposte bénéficie du soutien de partenaires internationaux et de pays africains, qui ont mobilisé environ 1,5 milliard de dollars pour appuyer les efforts de lutte contre l’épidémie.
L’épidémie actuelle est provoquée par le virus Bundibugyo, contre lequel aucun vaccin ni traitement homologué n’est disponible à ce jour. Un essai clinique portant sur deux traitements expérimentaux est actuellement en cours.
Les autorités sanitaires reconnaissent que l’ampleur réelle de l’épidémie demeure difficile à évaluer. Plusieurs acteurs humanitaires estiment que le virus circulait depuis plusieurs mois avant sa détection et que les chiffres officiels pourraient être inférieurs à la réalité.
À ce jour, cinq provinces de l’est de la RDC sont touchées : l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, la Tshopo et le Haut-Uélé. En Ouganda voisin, 20 cas, dont deux décès, ont également été recensés.
SHRDC-AFP
Autre lien : https://www.studiohirondellerdc.org/le-dr-steve-ahuka-designe-manager-terrain-de-la-riposte-contre-ebola-en-rdc
