đ§Face Ă Ebola, les rumeurs fragilisent la riposte en RDC
La République démocratique du Congo a franchi le seuil de 500 décès depuis la déclaration de la 17ᵉépidémie de la maladie à virus Ebola. Alors que le gouvernement et ses partenaires intensifient les efforts de riposte, les résistances communautaires persistent dans certaines zones, alimentées par la désinformation et les rumeurs.
À la mi-juin, un épisode d’une rare violence s’est produit dans le quartier Mabolio, à Beni. Des agents engagés dans la riposte contre Ebola, en mission de prospection, ont été pris à partie par des jeunes en colère. Une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux montre notamment une femme, membre des équipes de riposte, dénudée puis violemment frappée à coups de bâton.
Pour les autorités sanitaires et les responsables locaux, ces violences traduisent une méfiance entretenue par les fausses informations qui continuent d’alimenter le doute autour de l’existence même de la maladie.
Des communautés gagnées par la peur et les rumeurs
Lors des épidémies d’Ebola, les rumeurs se propagent rapidement. Le cas de Beni est loin d’être isolé.
Dans la localité de Rwampara, en Ituri, épicentre de l’épidémie, des équipes chargées des enterrements dignes et sécurisés ont été prises à partie par une foule en colère. Des habitants, qui exigeaient de vérifier l’identité d’un défunt, ont agressé les agents qui tentaient de faire respecter les protocoles sanitaires.
La méfiance s’accompagne également de la stigmatisation des survivants
À Butembo, l’une des villes touchées par la 17ᵉ épidémie, Justin Bwambale garde un souvenir douloureux des attaques visant les Centres de traitement Ebola (CTE) entre 2018 et 2020.
« J’ai contracté Ebola à cette période. J’ai vu beaucoup de personnes mourir, et voir la communauté s’en prendre aux CTE me faisait très peur », témoigne-t-il avec émotion.
Photo : AFP.
Après deux semaines de traitement, il est déclaré guéri. Mais son retour dans la communauté marque le début d’une autre épreuve.
« J’ai vécu des moments très difficiles après ma sortie du CTE. Beaucoup de personnes avaient peur de moi et refusaient de m’approcher. À force, moi aussi, j’ai fini par prendre mes distances », raconte-t-il.
Un consortium pour lutter contre la désinformation
Déclarée à la fin du mois de mai, la nouvelle épidémie s’est accompagnée d’une recrudescence des fausses informations. Théories du complot, croyances populaires et rumeurs continuent de circuler sur les réseaux sociaux et au sein des communautés affectées.
« En Ituri, une rumeur faisait croire à l’existence d’un cercueil ambulant et que toute personne qui le regardait mourait. Avant que les médecins n’identifient Ebola comme étant à l’origine des décès, cette rumeur s’est largement propagée dans la communauté », explique Joel Alimasi Kitambala, fact-checker au sein d’Eleza Fact.
Pour répondre à ce défi, Eleza Fact s’est associé à quatre autres organisations congolaises afin de lancer le projet « Vérifier pour sauver ». Cette initiative vise à combattre les rumeurs et la désinformation susceptibles de compromettre les efforts de riposte contre Ebola.
« À travers ce projet, nous cherchons notamment à lever la barrière de la langue. Nous adaptons nos articles en podcasts et en émissions de radio diffusés dans les langues locales afin que les informations vérifiées soient accessibles aux communautés les plus exposées », précise Joel Alimasi Kitambala.
Depuis la déclaration de la 17ᵉ épidémie de la maladie à virus Ebola en RDC, plus de 1 500 cas ont été confirmés, dont 506 décès. Plus de 200 patients ont également été déclarés guéris.