Une vidéo virale de 39 secondes montrant un hélicoptère militaire en opération circule depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux (ici, ici, ici…). Des internautes affirment qu’elle montre des éléments des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), appuyés par des commandos américains, en direction de Goma, dans l’Est du pays. Cependant, l’analyse de cette séquence établit que ces images ne proviennent pas de la République démocratique du Congo. En réalité, elles ont été filmées en Colombie.
Dans la vidéo : un hélicoptère militaire de type Black Hawk en vol stationnaire très bas au-dessus d’une zone boisée et des militaires qui sautent pour sécuriser la zone. Des éléments qui cadrent avec le contexte des combats dans l’Est de la République démocratique du Congo, où l’armée régulière s’oppose aux rebelles de l’Alliance fleuve Congo – Mouvement 23 mars (AFC/M23), soutenus par le Rwanda.
Sur les réseaux sociaux, ces images ont été présentées comme une preuve de l’arrivée de forces spéciales étrangères en soutien aux Forces armées de la RDC. Pour vérifier l’origine de la vidéo, la séquence a été soumise à l’outil de vérification InVID WeVerify, qui permet d’extraire des images clés d’une vidéo. Ces captures ont ensuite été utilisées pour effectuer une recherche inversée d’images via Google Lens.
Un détail discret qui permet d’identifier l’auteur
Aucune des recherches effectuées n’a permis d’établir un lien entre les images et la République démocratique du Congo. Au contraire, plusieurs résultats orientent vers des contenus issus d’Amérique latine. Cette hypothèse est notamment étayée par la végétation et l’environnement visibles dans la vidéo, caractéristiques de zones de jungle tropicale présentes dans cette région du monde.

Un autre élément déterminant a permis d’identifier l’origine probable des images : la présence d’un watermark. Un filigrane, visible dans le coin supérieur gauche de la vidéo, porte en effet le nom « Martinez », suggérant une source ou une signature liée à l’auteur ou au diffuseur initial du contenu.
En croisant ce nom avec les images extraites de la séquence lors de recherches en ligne, il a été possible d’identifier la source originale de la vidéo. Celle-ci provient de la chaîne YouTube « Raga », animée par Carlos Alfredo Martinez, qui se présente comme un soldat de l’Armée nationale colombienne.
Sur ce canal, la même vidéo a été publiée le 12 février, soit au moins deux semaines avant sa reprise et sa diffusion détournée par des internautes en République démocratique du Congo. La description de la chaîne précise que son propriétaire partage régulièrement des contenus liés à son quotidien et à ses activités militaires. Il apparaît d’ailleurs lui-même dans plusieurs vidéos publiées sur cette plateforme.
En combinant ce nom avec les images extraites de la séquence dans les recherches en ligne, il a été possible d’identifier la source originale : la chaîne YouTube « Raga », tenue par Carlos Alfredo Martinez, qui se présente comme soldat de l’Armée nationale colombienne. Sur ce canal, la même vidéo a été publiée le 12 février, soit au moins deux semaines avant qu’elle ne soit détournée et diffusée par des internautes congolais. La description de la chaîne indique que son propriétaire partage régulièrement des images de son quotidien et de ses activités militaires. Il est lui-même visible sur plusieurs vidéos.
Un hélicoptère de l’armée colombienne
Dans une autre autre vidéo publiée le 22 janvier sur la même chaîne, le même hélicoptère apparaît avec un numéro de série clairement visible : EJC 2144. Une recherche avec ces références permet d’identifier l’appareil comme un Sikorsky UH-60L Black Hawk utilisé par l’Ejército Nacional de Colombia, de l’armée nationale colombienne. Le code « EJC » correspond en effet à l’abréviation de cette institution.
L’appareil est exploité par le BAAV-2, le deuxième bataillon d’aviation, basé à Tolemaida, en Colombie. Cette unité est engagée dans diverses missions militaires, notamment le transport de troupes, le ravitaillement, les évacuations médicales et les opérations contre-insurrectionnelles.
Les militaires visibles dans la séquence appartiennent à la Division d’aviation d’assaut aérien de l’armée colombienne. Des images du même appareil apparaissent également dans plusieurs publications du compte X officiel de l’armée colombienne, ce qui vient corroborer son identification. Enfin, la vidéo a aussi été repérée sur le compte TikTok «Comandos parabellum», connu pour diffuser régulièrement des contenus militaires en provenance d’Amérique latine.
L’appareil est exploité par le BAAV-2, le deuxième bataillon d’aviation, basé à Tolemaida, en Colombie. Cette unité est engagée dans diverses missions militaires, notamment le transport de troupes, le ravitaillement, les évacuations médicales et les opérations contre-insurrectionnelles. Les soldats visibles dans la séquence appartiennent à la Division d’aviation d’assaut aérien de l’armée colombienne. Des images similaires du même appareil apparaissent également dans plusieurs publications ducompte X officiel de l’armée colombienne. La vidéo a aussi été repérée sur le compte TikTok «Comandos parabellum», qui diffuse régulièrement des contenus militaires d’Amérique latine.
Une désinformation dictée par l’actualité
La diffusion de cette vidéo intervient dans un contexte marqué par un renforcement des relations entre les États-Unis et la République démocratique du Congo. Ce rapprochement se manifeste notamment par les échanges entre Kinshasa et Erik Prince, fondateur de la société de sécurité privée Blackwater. À cela s’ajoutent les sanctions visant des responsables de l’armée rwandaise, ainsi que les récentes rencontres à Kinshasa entre l’attaché de défense de l’ambassade des États-Unis et le ministre congolais de la Défense.
Ce contexte a contribué à renforcer la crédibilité apparente de l’infox, certains internautes y voyant la preuve de l’arrivée de mercenaires ou de forces spéciales étrangères en soutien à la RDC. Ce mécanisme est désigné par les spécialistes comme une « preuve par l’image » : l’utilisation de contenus visuels, sortis de leur contexte, pour appuyer une affirmation trompeuse.
Sur internet, le détournement de vidéos ou de photos constitue en effet l’une des formes les plus répandues de désinformation. Dans les contextes de crise, la prudence demeure essentielle : le doute constitue souvent la première étape du processus de vérification.
La rumeur de la semaine est une rubrique pour décrypter les fausses informations qui circulent sur nos réseaux sociaux et au sein de nos communautés locales sur le terrain.