🎧Après Ebola, les survivants face au défi de retrouver une vie normale

Depuis la déclaration officielle de la 17e épidémie de maladie à virus Ebola, cent jours se sont écoulés. Près de 1 200 personnes ont déjà été recensées comme guéries de la maladie, selon le ministère de la Santé. Roger Kamba a également réceptionné, le 21 août à Kinshasa, un premier lot de 16 520 doses du vaccin Ervebo pour renforcer la riposte. La guérison marque certes la fin de la phase aiguë de la maladie, mais elle ne signifie pas nécessairement un retour immédiat à une vie normale pour les survivants.

À Mongbwalu, dans la province de l’Ituri, Déogratias Kasereka fait partie des premiers survivants de cette nouvelle épidémie. Atteint par le virus, il a été pris en charge au centre de traitement de Rwampara, où il a finalement guéri. De retour dans son village, il témoigne de son expérience et regrette les décès enregistrés à Mongbwalu.

« J’ai contracté la maladie en touchant le corps d’un proche qui s’agitait avant de rendre l’âme. Je suis arrivé tôt au centre de traitement et cela m’a sauvé la vie. Je regrette les morts à Mongbwalu, où l’on réclame les corps des personnes décédées d’Ebola, en oubliant que cela nous rend tous vulnérables », se souvient-il en évoquant les premiers épisodes de la maladie.

La guérison de Déogratias illustre également l’importance d’une prise en charge rapide. Les autorités sanitaires soulignent régulièrement que plus un malade est pris en charge précocement, plus ses chances de guérison sont élevées. En juillet dernier, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, avait lui aussi souligné qu’un diagnostic précoce et des soins adaptés permettent de survivre à la maladie.

La stigmatisation, une autre épreuve après la guérison

Mais pour les survivants, affronter Ebola ne se limite pas à sortir des centres de traitement. Dans les zones touchées, où la peur, les préjugés et les rumeurs gagnent du terrain, les survivants d’Ebola font parfois face à la stigmatisation. Après avoir vaincu le virus, certains doivent encore retrouver leur place au sein de leur famille et de leur communauté.

Photo : AFP.

Justin Bwambale est l’un des survivants d’Ebola de la vague épidémique de 2018-2020 à Butembo. Il connaît cette réalité.

« J’ai vécu des moments très difficiles après ma sortie du centre de traitement Ebola. Beaucoup de personnes avaient peur de moi et refusaient de m’approcher. À force, moi aussi, j’ai fini par prendre mes distances », raconte-t-il.

À Beni, dans la province du Nord-Kivu, des organisations communautaires accompagnent les survivants dans leur réinsertion psychosociale. C’est notamment le cas de SKJAY, une organisation locale qui mène depuis huit ans des actions de sensibilisation sur les questions liées à la santé.  

Des séquelles possibles et un suivi nécessaire

La sensibilisation de la communauté constitue ainsi un élément important du processus de réinsertion. Toujours à Beni, Boaz Kakule, habitant de la ville, témoigne de l’évolution du regard porté sur les survivants.

« Les survivants incarnent le traumatisme qui confirme que la maladie est passée par là. C’est pourquoi il faut agir vite pour leur réinsertion », appelle de ses vœux Boaz Kakule.

Alors que la peur et la méfiance étaient importantes lors des précédentes épidémies, il affirme aujourd’hui ne plus craindre les personnes guéries d’Ebola. Il cite notamment le cas d’un voisin qui a récemment survécu à la maladie.

Pour SKJAY, les survivants peuvent eux-mêmes jouer un rôle dans la sensibilisation de leurs communautés. Leur expérience de la maladie peut leur permettre de partager leur vécu et de contribuer à lutter contre les rumeurs et la désinformation. À Beni, où 65 cas de maladie à virus Ebola ont été recensés, huit personnes ont été déclarées guéries.

Au-delà de la réinsertion sociale, certains survivants peuvent également souffrir de séquelles physiques ou psychologiques. Selon l’OMS, celles-ci peuvent notamment se manifester par une grande fatigue, des douleurs musculaires ou articulaires, des maux de tête, des vertiges ou encore certains problèmes oculaires.

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