Dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), le mécanisme chargé de vérifier le respect du cessez-le-feu entre Kinshasa et l’AFC/M23 passe pour la première fois à l’épreuve du terrain. Une mission du Mécanisme conjoint de vérification élargi (MCVE+) s’est déployée lundi à Minembwe, dans le Sud-Kivu, avec l’appui logistique de la Mission des Nations unies en RDC (Monusco).
Ce déploiement était attendu depuis plusieurs mois, alors que les combats se poursuivent dans plusieurs zones de l’est du pays et que Kinshasa et l’AFC/M23 s’accusent mutuellement de violations du cessez-le-feu.
Une première mission sur le terrain
Le MCVE+ est composé de représentants de Kinshasa, de l’AFC/M23 ainsi que d’observateurs issus de pays membres de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), qui regroupe 12 États de la région.
Le mécanisme a été prévu dans le cadre des négociations engagées à Doha, sous médiation qatarie. Ses termes de référence ont été adoptés en février 2026, avant la signature, en avril, du mémorandum permettant son opérationnalisation. Les trois officiers désignés par Kinshasa n’ont rejoint Goma qu’en juillet.

La mission arrivée lundi à Minembwe, sur les hauts plateaux du Sud-Kivu, doit également se rendre à Uvira ainsi que dans le territoire de Kalehe, selon le gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi. Ces zones ont été le théâtre de combats ou de tensions au cours des derniers mois.
Minembwe constitue un premier test particulièrement sensible pour le mécanisme. La localité et ses environs sont difficiles d’accès et restent marqués par de fortes tensions entre les parties.
Des accusations réciproques
Le déploiement du MCVE+ intervient alors que les accusations de violations du cessez-le-feu se multiplient.
Lundi, le porte-parole de l’AFC/M23 a accusé les forces armées congolaises d’avoir bombardé Nyaruhinga, près de Minembwe, qualifiant l’opération d’« attaque meurtrière ».
Kinshasa accuse, de son côté, l’AFC/M23 et les forces rwandaises de graves violations des droits humains dans les zones sous leur contrôle. Dans un communiqué du ministère de la Communication et des Médias, le gouvernement congolais affirme que plus de 300 personnes auraient été tuées sommairement entre juin et juillet 2026 dans des territoires du Nord-Kivu et du Sud-Kivu contrôlés par le M23.
Le gouvernement fait également état de massacres, de bombardements, de centaines de cas de viols, de plus de 300 cas de torture, dont des élèves, ainsi que d’enlèvements et de recrutements forcés de jeunes à Tshanzu et Rumangabo.
Pour le seul mois de juin, le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme a documenté 216 atteintes attribuées à l’AFC/M23. Des violations attribuées aux FARDC et aux groupes armés dits « Wazalendo » ont également été documentées.
Un cessez-le-feu toujours fragile
Le conflit dans l’est de la RDC dure depuis plus de trois décennies. Depuis 2021, l’AFC/M23 s’est emparé de vastes territoires dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Kinshasa accuse régulièrement le Rwanda de soutenir le mouvement, ce que Kigali conteste.
Plusieurs initiatives diplomatiques ont tenté de mettre fin aux combats, sans parvenir jusqu’ici à instaurer une cessation durable des hostilités.
Kinshasa et l’AFC/M23 s’étaient notamment engagés, en 2025 à Doha, à respecter un cessez-le-feu. Mais celui-ci a été régulièrement violé, les deux camps s’accusant mutuellement d’être à l’origine des hostilités.

En avril 2026, les parties avaient également convenu de faciliter l’accès humanitaire et de procéder à des libérations de prisonniers. Un premier groupe de détenus a été remis au M23 par Kinshasa au début du mois d’août.
De nouveaux pourparlers se sont tenus à huis clos en Suisse du 17 au 21 août, en présence notamment de représentants des États-Unis, du Qatar, de la Suisse, de la Commission de l’Union africaine et du Togo, qui intervient comme médiateur de l’Union africaine.
À l’issue de ces discussions, Kinshasa et l’AFC/M23 ont convenu de poursuivre le processus de paix et de mettre en place un mécanisme chargé d’évaluer les progrès réalisés et les difficultés rencontrées dans l’application des engagements pris à Doha.
Une feuille de route encore à concrétiser
Le gouvernement suisse a annoncé dimanche que les deux parties s’étaient accordées sur une feuille de route pour la poursuite des négociations de paix.
Mais selon des sources proches du processus, cette feuille de route n’aurait pas encore été formellement signée par les deux parties, chacune ayant formulé des réserves sur certains points.
Une nouvelle rencontre pourrait se tenir en octobre. D’ici là, plusieurs protocoles doivent encore être négociés et validés.
Par ailleurs, l’accord de paix signé en décembre entre la RDC et le Rwanda sous l’égide des États-Unis n’a pas permis de mettre fin aux combats dans l’est du pays.
Le déploiement du MCVE+ représente donc une étape importante, mais son efficacité dépendra de sa capacité à accéder aux zones affectées, à documenter de manière indépendante les violations présumées et à permettre aux parties de disposer d’un même constat sur les faits.
Dans les territoires contrôlés par l’AFC/M23, l’accès des journalistes, des défenseurs des droits humains et des organisations indépendantes reste par ailleurs fortement limité, ce qui complique davantage la vérification des informations provenant du terrain.
Le défi est désormais de transformer ce premier déploiement en un véritable outil de vérification et de confiance entre les parties, alors que les armes continuent de résonner dans plusieurs secteurs du Sud-Kivu.
