🎧Les marchés pirates, sources d’insalubrité et d’accidents de circulation

Au fil des années, des marchés informels se sont développés le long des principales artères de nombreuses villes de la République démocratique du Congo. Leur particularité est la même : les marchandises sont vendues à même le sol, sans étals ni infrastructures adaptées. Ces marchés attirent quotidiennement de nombreux acheteurs, mais ils sont également à l’origine d’embouteillages, d’accidents de la circulation et d’une forte insalubrité.

Malgré les opérations de déguerpissement, les marchés pirates réapparaissent

Interdits à plusieurs reprises par les autorités, les marchés pirates reviennent pourtant systématiquement. Les vendeurs expliquent qu’ils réalisent davantage de ventes en occupant les emprises publiques qu’à l’intérieur des marchés officiels.

Cette occupation anarchique réduit considérablement l’espace réservé à la circulation. Piétons, motos et véhicules se disputent la chaussée, augmentant ainsi les risques d’accidents et les embouteillages. À cela s’ajoute l’accumulation de déchets qui contribue à la dégradation du cadre de vie.

Dans certains cas, les marchés pirates occupent entièrement la voie publique. C’est notamment le cas du marché « Éthiopie », situé dans la commune de Kasa-Vubu, à Kinshasa. Depuis plusieurs années, cette avenue s’est progressivement transformée en marché à ciel ouvert. Des vendeurs affirment même s’acquitter quotidiennement de taxes auprès de certains agents de l’administration locale et des services de police.

La pauvreté, principale explication

Vendre dans des espaces inappropriés est devenu une pratique largement répandue, notamment à Kinshasa.

En République démocratique du Congo, des milliers de familles dépendent du petit commerce pour assurer leur subsistance. Il n’est donc pas surprenant de voir des étalages installés le long des avenues, aux abords des marchés, des écoles ou des églises.

Pour Amedée Mwarabu, journaliste et directeur de publication du média en ligne Finances-Entreprises.com, cette situation est avant tout la conséquence de la pauvreté.

« C’est la pauvreté qui pousse les gens à chercher des moyens de survie. L’un de ces moyens consiste à vendre quelques produits afin de subvenir aux besoins de leur famille. Tant que la pauvreté persistera, les marchés pirates continueront d’exister, devant les églises, les écoles, autour des marchés et même sur le boulevard du 30-Juin. »

Les chiffres publiés en février dernier par le gouvernement confortent cette analyse. Selon les indicateurs de pauvreté issus d’une enquête réalisée en 2024 dans les 26 provinces, environ 67,9 % de la population vit sous le seuil national de pauvreté, fixé à 5 680 francs congolais, soit près de deux dollars américains par jour.

Réalisée avec l’appui de la Banque mondiale, du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), cette enquête constitue désormais une référence pour l’élaboration des politiques publiques et la mise en œuvre du Plan national stratégique de développement.

Des réponses contrastées entre Kinshasa et Matadi

À Kinshasa, Le chef de l’État a récemment confié au lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, commandant du Service national, la mission de coordonner la lutte contre l’insalubrité dans la capitale congolaise.

Dès sa prise de fonctions, plusieurs marchés pirates installés autour du Grand Marché de Kinshasa, notamment Rwakadingi, Itaga, Kasa-Vubu et Kato, ont été démantelés. Ces opérations ont permis de dégager plusieurs axes routiers auparavant envahis par les vendeurs et les tas d’immondices.

Aujourd’hui, la circulation s’y est sensiblement améliorée. Les forces de l’ordre maintiennent une présence permanente afin d’empêcher toute réoccupation des lieux.

La situation est toutefois différente à Matadi, dans la province du Kongo Central. À l’entrée de la ville, le marché Mvuadu occupe une partie importante de la route principale. Les vendeurs y ont été relocalisés à la suite de la fermeture du marché Sud, en cours de réhabilitation depuis plusieurs années.

Or, les travaux de modernisation, lancés il y a cinq ans, sont pratiquement à l’arrêt. En conséquence, les embouteillages restent fréquents à l’entrée de la ville, où les automobilistes peuvent patienter plusieurs heures avant de franchir ce point.

Pour Amedée Mwarabu, cette situation traduit avant tout une défaillance de l’État.

« C’est à l’État d’organiser la ville et de déterminer où l’on peut vendre, où construire un marché ou un centre commercial. Lorsque l’État est absent, chacun finit par faire ce qu’il veut. Il existe parfois une forme de complaisance entre certains vendeurs et des agents de l’administration communale ou de la police. Les vendeurs paient quotidiennement des taxes informelles, ce qui renforce leur présence sur ces espaces publics. »

Un défi pour les autorités

La prolifération des marchés pirates illustre les difficultés auxquelles sont confrontées les autorités congolaises pour concilier lutte contre l’occupation anarchique de l’espace public, sécurité routière et impératifs de survie économique des populations.

Tant que les marchés officiels resteront insuffisants, que les infrastructures commerciales ne seront pas achevées et que la pauvreté continuera de toucher une grande partie de la population, ces marchés informels risquent de perdurer malgré les opérations de déguerpissement.

Autre lien : https://www.studiohirondellerdc.org/%f0%9f%8e%a7rdc-comment-les-radios-locales-deviennent-des-remparts-contre-les-conflits-communautaires