🎧Réseaux sociaux et santé : TikTok, Facebook et WhatsApp au cœur d’une dangereuse désinformation médicale

TikTok, Facebook, Instagram ou encore WhatsApp sont devenus des sources incontournables d’informations sur la santé, la nutrition, le sport ou le bien-être. Chaque jour, des milliers de vidéos et de publications promettent des solutions pour maigrir rapidement, améliorer la fertilité, traiter certaines maladies ou encore booster les performances sexuelles.

Mais derrière ces « cabinets médicaux numériques » se cache parfois une réalité inquiétante : la désinformation sanitaire. Les professionnels de santé tirent aujourd’hui la sonnette d’alarme face à la multiplication de conseils médicaux non vérifiés qui circulent massivement sur les réseaux sociaux.

Une “infodémie” qui menace la santé publique

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) parle désormais d’« infodémie », c’est-à-dire une surabondance d’informations vraies et fausses mélangées, rendant difficile l’accès à des conseils fiables.

En Afrique, l’OMS et Africa CDC surveillent régulièrement les rumeurs sanitaires diffusées sur internet, notamment autour des vaccins, des traitements miracles ou encore des maladies émergentes.

Selon Christian Malele, journaliste et analyste de la désinformation au sein de la cellule de vérification Vunja Uongo du Studio Hirondelle RDC, les conséquences peuvent être dramatiques.

« La désinformation sanitaire en ligne représente un danger majeur. Les rumeurs sur la santé peuvent conduire au pire », explique-t-il.

Il rappelle qu’en octobre dernier, une rumeur concernant une prétendue maladie faisant disparaître les organes génitaux masculins avait provoqué des violences dans les villages d’Ilambi et Yafwira, dans le territoire d’Isangi, province de la Tshopo en République démocratique du Congo. Quatre agents de santé en mission de vaccination avaient été brûlés vifs par la population.

Plus de la moitié des vidéos santé contiennent des informations douteuses

Les études internationales récentes confirment cette inquiétude.

Une enquête publiée en 2025 par le média britannique The Guardian sur les 100 vidéos TikTok les plus populaires traitant de santé mentale révèle que plus de la moitié contenaient des informations inexactes, sorties de leur contexte ou non vérifiées.

Photo : AFP

Une autre étude menée entre 2024 et 2025 par Africa CDC dans neuf pays africains, dont la RDC, montre que les réseaux sociaux sont devenus un terrain majeur de circulation des rumeurs sanitaires, particulièrement autour du Mpox et des campagnes de vaccination.

Mésinformation : quand les faux conseils circulent sans intention de nuire

Contrairement à la désinformation, qui repose souvent sur une intention malveillante, la mésinformation consiste à diffuser une fausse information sans volonté consciente de tromper.

Mais dans le domaine de la santé, les conséquences restent graves.

« La mésinformation peut pousser les gens à prendre de mauvaises décisions, à retarder les traitements ou à essayer des remèdes dangereux », souligne Christian Malele.

Sur les réseaux sociaux, cela se traduit par des recettes miracles pour les femmes enceintes, des produits naturels censés tout guérir, des conseils sur la fertilité ou encore la santé sexuelle.

“Des charlatans qui donnent des solutions à tout”

Pour le Dr Albert Mutombo, médecin directeur de l’hôpital HTTB à Kananga, les réseaux sociaux sont devenus un espace où prolifèrent de faux experts.

« Il y a beaucoup de charlatans qui donnent des informations approximatives et prétendent avoir des solutions à tout », dénonce-t-il.

Le médecin explique que certaines vidéos vantent des plantes ou des produits sans aucune preuve scientifique ni certification officielle.

Parmi les conseils les plus dangereux qu’il observe régulièrement en ligne figurent :

Les recettes pour agrandir les organes génitaux masculins ;

Les produits censés augmenter l’endurance sexuelle ;

Les traitements improvisés contre les pertes vaginales ou les démangeaisons ;

Les régimes extrêmes pour perdre rapidement du poids.

« Ces conseils sont souvent donnés d’une manière abracadabrantesque », regrette-t-il.

Des patients influencés par TikTok et Facebook

Dans sa pratique quotidienne, le Dr Mutombo affirme recevoir régulièrement des patients influencés par des vidéos trouvées sur internet.

« Les gens viennent en consultation en disant : “On m’a dit sur TikTok que je souffrais de telle maladie” », raconte-t-il.

Il cite notamment le cas d’une femme âgée de plus de 90 ans à qui l’on avait diagnostiqué sur les réseaux sociaux des “crises ovariennes”, une affirmation médicalement incohérente.

Photo : AFP

Pour lui, les médecins qualifiés doivent désormais apprendre à mieux communiquer afin de contrer les faux experts très actifs sur internet.

« Les charlatans sont nombreux, organisés et leurs messages sont vulgarisés. Nous, médecins, devons aussi rendre nos explications accessibles au grand public », estime-t-il.

Les jeunes entre méfiance et confiance

À Lubumbashi, plusieurs jeunes interrogés reconnaissent avoir déjà testé des conseils médicaux vus sur TikTok ou Facebook.

Certains se disent méfiants :

« C’est risqué. Dès que je vois ça, je passe directement », affirme un étudiant.

D’autres disent avoir essayé sans succès :

« J’ai utilisé plusieurs conseils mais cela n’a apporté aucun changement. »

Mais certains internautes affirment au contraire avoir obtenu des résultats positifs.

Face à cette diversité d’expériences, plusieurs étudiants insistent sur l’importance de vérifier les informations auprès de sources fiables avant toute application.

Attention aux produits “miracles” vendus en ligne

À Butembo, les vendeurs de produits dits naturels profitent également de l’influence des réseaux sociaux. Dans les marchés, certaines boutiques attirent les clients grâce à des mégaphones vantant des remèdes naturels capables de guérir plusieurs maladies.

Selon une vendeuse rencontrée sur place, de nombreux clients arrivent directement avec des vidéos TikTok montrant les produits recherchés. Cette popularité inquiète les nutritionnistes et les professionnels de santé. Le nutritionniste Tadeshia Iwihira met notamment en garde contre les régimes amaigrissants diffusés sans suivi médical.

« Une personne qui suit un régime non encadré risque de tomber dans une malnutrition aiguë sévère », avertit-il.

Comment reconnaître une information médicale fiable ?

Les spécialistes recommandent plusieurs réflexes simples avant de suivre un conseil médical trouvé sur les réseaux sociaux :

Vérifier l’origine de l’information ;

Regarder la date de publication ;

Identifier les qualifications de la personne qui parle ;

Rechercher des références scientifiques fiables ;

Éviter les promesses miracles ;

Demander l’avis d’un professionnel de santé.

Les experts recommandent également de privilégier les contenus provenant d’organisations reconnues comme l’OMS, les universités, les hôpitaux ou les instituts de recherche.

Un défi majeur à l’ère numérique

À l’heure où tout le monde peut publier des conseils médicaux en ligne, les autorités sanitaires et les professionnels de santé appellent à plus de vigilance.

Car derrière certaines vidéos virales peuvent se cacher des pratiques dangereuses, des intoxications, des retards de prise en charge ou encore des manipulations mettant directement des vies en danger.

Dans un contexte où TikTok et Facebook influencent de plus en plus les comportements de santé, apprendre à distinguer les vrais experts des faux spécialistes devient désormais une nécessité de santé publique.

Autre lien : https://www.studiohirondellerdc.org/en-rdc-les-journalistes-confrontes-a-la-precarite-et-aux-pressions-politiques