🎧 En RDC, les langues nationales restent marginalisées dans les écoles

Alors que le monde célébrait le 21 février la Journée internationale de la langue maternelle, de nombreuses écoles congolaises semblent encore reléguer les langues nationales au second plan, aussi bien comme langues d’enseignement que comme disciplines scolaires. Pourtant, la Constitution congolaise reconnaît et promeut ces langues. Entre interdictions, sanctions et initiatives isolées, l’usage du lingala, du swahili, du kikongo et du tshiluba reste limité face au français, qui domine largement dans le système éducatif. La place des langues nationales dans l’école congolaise continue ainsi de susciter le débat.

Dans plusieurs établissements scolaires de la République démocratique du Congo (RDC), parler une langue nationale peut être perçu comme un motif de honte ou entraîner des sanctions. C’est ce qu’a vécu Bénédicte Metelo, 12 ans, élève à l’école privée catholique Pépinière Santa Rosa à Bandundu-Ville, dans la province du Kwilu. Elle explique que son école a instauré des règles strictes pour éviter l’usage des langues nationales au profit du français et de l’anglais. Certains élèves sont même chargés de surveiller leurs camarades et de signaler ceux qui enfreignent cette règle, ce qui peut conduire à des punitions.

« J’ai appris à écrire en swahili parce que c’est la langue parlée à la maison », confie une élève de troisième année primaire.

Une élève de 3e année primaire à l’école Byaka, à Kitchanga (Nord-Kivu).

Pourtant, la Constitution du 18 février 2006 assigne à l’État congolais le devoir de promouvoir les langues nationales sans discrimination. De plus, la loi-cadre de février 2014 sur l’enseignement national précise que si « le français est la langue d’enseignement », les langues nationales ou les langues du milieu doivent également être utilisées comme médium d’enseignement et d’apprentissage, ainsi que comme disciplines scolaires. Leur utilisation dans les différents niveaux et cycles du système éducatif doit être fixée par voie réglementaire.

Malgré ce cadre légal, le lingala, le swahili, le kikongo et le tshiluba sont encore peu présents dans les salles de classe. Dans certaines écoles toutefois, des initiatives existent pour valoriser les langues locales. À Kitchanga, dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu, l’école primaire Byaka enseigne par exemple le swahili comme matière aux élèves du primaire. « J’ai appris à écrire en swahili parce que c’est la langue parlée à la maison », confie une élève de troisième année primaire.

Responsabilité des parents

De nombreuses études ont démontré l’importance de l’apprentissage dans la langue maternelle durant les premières années de scolarité. L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) souligne qu’un enseignement dispensé dans une langue maîtrisée par l’enfant au sein de sa famille et de sa communauté facilite l’apprentissage d’une seconde langue et améliore les résultats scolaires. Dans cette perspective, l’OIF a lancé le programme École et langues nationales en Afrique (ELAN), dont la RDC a été l’un des pays pilotes en 2012.

« La loi existe et notre travail doit consister à faire le suivi sur le terrain mais les parents ont aussi une part de responsabilité pour la promotion de nos langues nationales », explique Odon Mulanda, directeur du programme scolaire et des matières didactiques au ministère de l’Éducation nationale.

Aujourd’hui, la question de l’usage des langues nationales continue d’alimenter les débats entre écoles, parents, linguistes et enseignants universitaires. Suivez ce magazine consacré à la place des langues nationales dans les écoles en RDC.