En République démocratique du Congo, les femmes constituent un pilier essentiel à l’économie locale. Actives dans le commerce, l’agriculture et les services, elles assurent ainsi la substance des milliers de ménages. Longtemps impliquées dans les activités informelles, les femmes entrepreneures en RDC amorcent aujourd’hui une transition vers des secteurs innovants, notamment les start-up et la haute technologie. Toutefois, elles font face à de nombreux défis, notamment l’accès limité au financement, le manque de formation et les contraintes socio-culturelles. Malgré cela, elles démontrent une résilience exceptionnelle et une capacité d’adaptation remarquable.
Sur toute l’étendue du territoire national, des jeunes femmes créent des entreprises, des start-up numériques jusqu’aux petites unités de production alimentaire. Mais dans cet élan, elles affrontent tout de même des obstacles tels que l’accès au financement, les défis institutionnels et les stéréotypes de genre.
« Les entreprises dirigées par des femmes apportent beaucoup de valeur à la société. Ces entreprises montrent que les femmes sont également capables de diriger et de prendre des décisions » pense cette lushoise croisée dans la rue. Un avis que ne partage pas cet homme. « Moi je pense que c’est un verre à moitié plein, à moitié vide. Pourquoi ? Parce qu’il y a des femmes qui se défendent et qui font leur boulot comme les hommes, sans problème, tandis qu’il y a d’autres qui mettent la féminité en avant et c’est là qu’elles trouvent des problèmes ». Certains hommes n’hésitent pas à franchir une limite morale ou comportementale. « Les femmes sont habituées à des problèmes de maternité, à des problèmes menstruels par exemple. Moi, je ne suis pas de cette école qui veut que la femme gère une société ou une entreprise, mais j’aime bien qu’elle soit toujours assistée d’un homme ».
Une manière de voir qui n’empêche pas Déborah Ubutu de s’imposer depuis près d’une dizaine d’années comme une figure inspirante de l’entrepreneuriat local. Responsable de l’entreprise Busoki, spécialisée dans la fabrication de jus à base de fruits, elle œuvre non seulement pour le développement de ses activités, mais aussi pour l’encadrement des jeunes désireux de se lancer dans le monde des affaires à Walikale, située à environ 135 km à l’ouest de Goma dans le Nord-Kivu. « J’ai commencé avec des moyens très limités, mais avec une vision claire. La vision était de valoriser les jeunes de Walikale…Je me suis donc lancé dans l’entreprenariat pour montrer aux jeunes, surtout les jeunes filles qu’elles sont aussi capables de faire quelque chose ».
Aujourd’hui, l’entreprise Busoki emploie une dizaine d’agents, avec une volonté claire de promouvoir l’inclusion.
“Nous avons à la fois des hommes et des femmes dans notre équipe. Je tiens particulièrement à encourager la participation des femmes dans les activités économiques”, souligne-t-elle, sans toutefois donner de détails.
Au-delà de ses activités économiques, Déborah Ubuto s’investit activement dans la formation des jeunes. Elle organise des séances d’initiation à l’entrepreneuriat, partage son expérience et accompagne les jeunes dans la concrétisation de leurs projets.
“Je leur apprends à identifier des opportunités, à démarrer avec peu et à gérer leurs activités avec rigueur, parce qu’il y a certaines femmes ou filles qui veulent se lancer dans l’entrepreneuriat, mais elles ont peur”, explique-t-elle.
L’entrepreneuriat féminin s’active pour résoudre les problèmes du quotidien dans la capitale
Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, est une mégapole bouillante aussi tristement célèbre pour ses embouteillages monstres qui paralysent la circulation au quotidien. Depuis une dizaine d’années, des robots intelligents régulent la circulation sur plusieurs carrefours agités. Derrière cette innovation se cache une figure, celle d’une femme ingénieure déterminée à transformer son pays. Cette femme, c’est Thérèse Isay Kirongozi, une pionnière de la technologie à Kinshasa.
Au croisement des avenues Justice et Batetela dans la commune de la Gombe, un robot humanoïde de 2,50 mètres de haut en aluminium alimenté par un panneau solaire remplace la police de circulation.
Une fierté pour Thérèse Isay Kirongozi, patronne de Women’s Technology, un laboratoire d’innovations basé à Kinshasa. « Notre objectif à Women’s Technology, c’est d’abord de remédier les petits soucis quotidiens de la communauté à travers ces robots de circulation ».
Le décès de son frère dans un accident de circulation a profondément marqué Thérèse Isay Kirongozi. « C’est vraiment une histoire de ma famille. Je suis devenue aînée de la famille par accident. Mon grand-frère est décédé quand on était petits au cours d’un accident de circulation routière. C’est resté ancré dans mon esprit« .
Etudiante à l’Institut Supérieur des techniques Appliquées (ISTA), Thérèse Isay Kirongozi s’est jurée de trouver une solution pour qu’il y est moins d’accidents de circulation routière. Dotée d’une solide formation, Thérèse Isay Kirongozi s’appuie également sur une riche expérience des terrains. « J’ai fait l’ISTA, mais en dehors de l’ISTA, j’ai fait plusieurs formations. Surtout, par rapport à la robotique, j’étais au Japon. Par rapport à l’accélération des projets de start-up, les incubateurs, là, j’ai fait ça aux Etats-Unis« .
Ces automates 100% congolais sont fabriqués à N’djili, une commune dynamique de Kinshasa. Son atelier de technologie attire de plus en plus de jeunes passionnés. Ici, innovation et créativité se rencontrent pour donner naissance à différents projets prometteurs.