🎧Une vidĂ©o montrant un incident impliquant une Ă©quipe de MSF au Sud-Kivu prĂ©sentĂ©e comme l’arrestation des dronistes du M23/RDF

Une publication sur le réseau social X affirme que les Wazalendo, alliés aux Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), auraient arrêté des mercenaires blancs spécialisés dans le pilotage de drones venus en appui au M23 à Mwenga, se cachant derrière les insignes de Médecins Sans Frontières (MSF). Il s’agit réellement d’une équipe de MSF en mission au Sud-Kivu et non de dronistes du M23.

Le 5 mai, le compte X Jordan Mulikuza partage une vidéo d’une minute dix-huit secondes montrant sept motards, dont deux personnes blanches. On remarque la présence du logo de Médecins Sans Frontières (MSF) sur les gilets de certains et les chasubles d’autres. Les images montrent ces personnes entourées par des hommes armés vêtus de tenues militaires des Forces armées de la République démocratique du Congo.

On peut entendre des conversations en swahili, en lingala et en français. La scène a l’air d’avoir été filmée dans une zone touchée par le conflit. La légende collée à la vidéo présente les deux hommes blancs comme des mercenaires spécialisés dans le pilotage de drones, venus appuyer les rebelles du Mouvement du 23 Mars et les forces rwandaises pour conquérir de nouveaux territoires. Ces prétendus mercenaires seraient entrés à Bukavu sans visa, avant d’être capturés à Mwenga.

Le compte affirme que les hommes armés auraient exigé que ces prétendus mercenaires présentent leurs visas avant toute intervention. En plus, il les accuse de se camoufler derrière Médecins Sans Frontières.

Au 8 mai, le post dépassait les 15 000 vues et a été partagé plus de 40 fois.

Il s’agit effectivement des agents de Médecins Sans Frontières en mission au Sud-Kivu

L’analyse de la vidéo a permis d’identifier plusieurs incohérences. Dans les premières secondes, on entend clairement un homme armé dire : “Allez ! Prenez la route, elle est ouverte pour vous les gens de moto”. Vers la fin de la séquence, un autre ajoute : “Allez-y, je vous autorise. Il n’y a rien. Nous sommes venus pour vous accueillir.”

Aussi, la version selon laquelle les Wazalendo auraient exigé un visa à ces prétendus mercenaires avant toute intervention paraît peu crédible. Généralement, des présumés mercenaires arrêtés dans une zone de conflit ne sont pas relâchés simplement après leur avoir demandé un visa.

Ces propos contredisent totalement la version relayée sur les réseaux sociaux.

Nos recherches nous ont conduit sur le compte officiel X de Médecins Sans Frontières en RDC. L’organisation a réagi publiquement à l’incident survenu à Mwenga dans un tweet du 5 mai.

Alors qu’une équipe de MSF se rendait à Mwenga, Kamituga et Kitutu pour évaluer les besoins humanitaires, elle a été confrontée à un incident de sécurité. Notre équipe est saine et sauve et poursuit ses activités en coordination avec les autorités”, écrit MSF dans son communiqué.

L’ONG précise également être en contact avec les acteurs concernés pour clarifier les circonstances de cet incident et garantir la sécurité de ses équipes humanitaires. 

Dans son article du 5 mai, Actualite.cd ajoute certains détails sur l’incident. Ce média rapporte un incident de sécurité survenu près de Kalambi, dans la chefferie de Lwindi à Mwenga. Le convoi humanitaire a été pillé mais la source ne mentionne aucunement l’arrestation des prétendus mercenaires venus en appui au M23 ou aux forces rwandaises.

Pour plus de preuves, nous avons contacté un journaliste à Kamituga, dans le Sud-Kivu. Sous couvert d’anonymat, il confirme qu’un incident a bien eu lieu, mais affirme n’avoir aucune preuve permettant de soutenir les accusations relayées sur les réseaux sociaux.

La situation sécuritaire à Mwenga

Appelés à appuyer les FARDC, certains groupes de Wazalendo sont accusés par la société civile de Mwenga dans la province du Sud-Kivu de s’écarter de leur mission initiale. Des cas d’extorsions et même des assassinats sont signalés régulièrement dans de nombreuses localités de ce territoire, d’après un article du 1ᵉʳ avril de Radio Okapi.

Pour le président du Cadre de concertation de la société civile, Lungele Itebo, il s’agit des groupes se présentant comme des pseudo-Wazalendo. La société civile invite les autorités à identifier et à sanctionner les auteurs de ces abus.

Prenez toujours du recul face aux rumeurs et aux manipulations. Vérifiez les informations, consultez les sources fiables et évitez de partager des contenus douteux sans preuve.  

La rumeur de la semaine est une rubrique pour décrypter les fausses informations qui circulent sur nos réseaux sociaux et au sein de nos communautés locales sur le terrain.