🎧 Les recherches scientifiques ne soutiennent pas la thèse d’un Ebola créé en laboratoire pour déstabiliser l’est de la RDC

Depuis le début de la nouvelle épidémie d’Ebola qui touche l’Ituri ainsi que les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, plusieurs publications virales sur les réseaux sociaux affirment que le virus aurait été fabriqué en France avant d’être remis au Rwanda dans le cadre d’un prétendu complot visant à ralentir l’avancée des FARDC et des groupes Wazalendo dans l’est de la République démocratique du Congo.

Ces accusations, largement relayées sur Facebook (1, 2, 3, …) et d’autres plateformes, ne reposent sur aucune preuve vérifiable. Les données scientifiques disponibles, les explications des experts en santé publique et les recherches menées sur le virus Ebola contredisent cette théorie. Or, des données scientifiques confirment plutôt qu’Ebola est une « zoonose majeure ».

En effet, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), la maladie à virus Ebola a été identifiée pour la première fois en 1976 lors de deux flambées simultanées en Afrique centrale. L’une était causée par le virus Soudan, l’autre par le virus Zaïre. Cette seconde flambée a été détectée à Yambuku, dans l’actuelle province de la Mongala, près de la rivière Ebola, qui a donné son nom à la maladie. Les recherches scientifiques menées depuis près d’un demi-siècle montrent qu’Ebola est une maladie d’origine naturelle. Les spécialistes la classent parmi les zoonoses, c’est-à-dire les maladies transmissibles de l’animal à l’être humain.

Katson Maliro, expert en santé publique et chargé de communication sur les risques et l’engagement communautaire pour l’OMS en Ituri, explique que plusieurs espèces du virus Ebola existent à l’état naturel. « Ebola est une maladie d’origine naturelle. Un virus fabriqué artificiellement présente une signature particulière. Pour Ebola, il n’y a pas de fabrication en laboratoire. Nous avons des preuves scientifiques qui confirment qu’il s’agit d’origine zoonotique », a-t-il affirmé.

À ce jour, six espèces distinctes du genre Ebolavirus ont été identifiées. Quatre sont connues pour provoquer des maladies chez l’humain dont Zaïre, Soudan, Bundibugyo et Taï. Les espèces Reston et Bombali ne sont pas considérées comme pathogènes pour l’être humain. Parmi ces souches, seul le Zaïre ebolavirus dispose actuellement d’un vaccin et d’un traitement approuvés.

Bundibugyo, une souche sans vaccin

C’est cette dernière qui est responsable de l’actuelle épidémie. Sur Internet, une partie des rumeurs s’est appuyée sur une intervention médiatique du professeur Jean-Jacques Muyembe, responsable de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB). Dans une publication sur son compte X, la radio Top Congo a relayé un extrait de l’intervention accompagné d’une légende laissant entendre qu’il sagissait d’une « nouvelle souche inconnue ». Cette interprétation a été renforcée par un extrait de son intervention en lingala, une des quatre langues nationales de la RDC. Pourtant, les propos du professeur Muyembe ont été sortis de leur contexte.

Selon les explications fournies par l’INRB, il ne s’agissait pas de l’apparition d’une nouvelle souche du virus, mais d’un nouvel épisode de transmission entre l’animal et l’être humain, sans lien direct avec les précédentes épidémies de Bundibugyo enregistrées en 2007 et en 2012. Le lendemain de cette intervention, les analyses génétiques réalisées par l’INRB ont permis de séquencer le virus responsable de l’épidémie actuelle. Les résultats ont confirmé qu’il s’agissait bien de l’espèce Bundibugyo ebolavirus. Le professeur Muyembe a d’ailleurs expliqué que les chercheurs n’avaient pas encore identifié avec certitude le réservoir animal à l’origine de cette transmission, même si les chauves-souris demeurent les principales suspectes, conformément aux connaissances scientifiques actuelles.

La science contredit la thèse d’un virus fabriqué

Les scientifiques considèrent Ebola comme une zoonose majeure. Le virus circule naturellement dans certaines espèces animales, notamment les chauves-souris frugivores, qui sont considérées comme les principaux réservoirs naturels. La contamination humaine survient généralement lorsqu’une personne chasse, manipule ou consomme des animaux infectés. Une fois la barrière entre l’animal et l’être humain franchie, le virus peut ensuite se transmettre d’une personne à l’autre par contact direct avec les fluides corporels.

« A ce jour, il n’y a aucune preuve scientifique crédible qui soutient qu’il s’agit d’un virus fabriqué », a insisté Katson Maliro. En effet, aucune étude reconnue, aucun laboratoire de référence ni aucune organisation sanitaire internationale n’a présenté la moindre preuve démontrant qu’Ebola aurait été créé artificiellement.

Toutefois, la RDC reste le pays qui a connu le plus grand nombre d’épidémies d’Ebola depuis la découverte du virus. Entre 1976 et 2025, seize flambées ont été enregistrées avant l’épidémie actuelle. Les chercheurs attribuent notamment cette récurrence à la présence de vastes zones de forêt équatoriale favorisant les contacts entre les populations humaines et la faune sauvage susceptible d’héberger le virus. Cette réalité écologique constitue une explication scientifique reconnue et documentée, bien différente des théories de complot diffusées sur les réseaux sociaux.

La désinformation, un ennemi de la riposte

Les crises sanitaires favorisent souvent la circulation de fausses informations. Le phénomène avait déjà été observé lors des précédentes épidémies d’Ebola ainsi que durant la pandémie de Covid-19. Selon les spécialistes de la communication sur les risques, ces rumeurs compliquent considérablement le travail des équipes de riposte. Elles alimentent la méfiance envers les autorités sanitaires, découragent les personnes malades de consulter rapidement et peuvent accroître la résistance communautaire aux mesures de prévention.

« L’infodémie tue autant que la maladie. Partager une rumeur est une autre façon de tuer », a prévenu Katson Maliro, tout en déplorant les dangers de cette désinformation, source de méfiance communautaire.

En période de crise, il est utile de se poser quelques questions simples sur l’origine et les motivations d’un contenu avant de le partager. Les messages qui suscitent la peur, la colère ou l’indignation sont souvent ceux qui circulent le plus rapidement sur les réseaux sociaux, même lorsqu’ils ne reposent sur aucune preuve.

La rumeur de la semaine est une rubrique pour décrypter les fausses informations qui circulent sur nos réseaux sociaux et au sein de nos communautés locales sur le terrain.

Dandjes Luyila