Face à l’épidémie de la maladie à virus Ebola, les radios communautaires jouent un rôle déterminant dans la protection des populations. En diffusant des informations fiables, en combattant les rumeurs et en donnant la parole aux communautés comme aux professionnels de santé, elles contribuent à renforcer la confiance entre les habitants et les équipes de riposte.
Lorsqu’une épidémie d’Ebola éclate, la peur et les fausses informations se propagent souvent aussi vite que le virus. Dans ce contexte, l’accès à une information crédible peut sauver des vies. Grâce à leur proximité avec les populations, les radios communautaires expliquent les mesures de prévention, répondent aux interrogations des habitants et facilitent le dialogue avec les autorités sanitaires.
À Bunia, des programmes adaptés pour sensibiliser la population
À Bunia, en Ituri, plusieurs radios locales ont revu leur programmation dès le début de l’épidémie. Spots de sensibilisation, magazines de santé, émissions interactives et interventions d’experts sont désormais diffusés quotidiennement.
À Radio Canal Révélation, les émissions de prévention sont produites en français, en swahili, en lingala et, lorsque cela est nécessaire, en bada, une langue parlée par une partie des personnes déplacées. Cette adaptation linguistique permet aux messages sanitaires d’être compris par le plus grand nombre.
Les journalistes expliquent les modes de transmission du virus, rappellent les gestes barrières et répondent aux nombreuses questions des auditeurs. Les émissions permettent également aux médecins et aux responsables sanitaires de corriger les fausses informations qui circulent dans les communautés.
Combattre les rumeurs pour restaurer la confiance
Au début de l’épidémie, de nombreux habitants doutaient de l’existence même de la maladie. Certains pensaient qu’il s’agissait d’une invention destinée à attirer des financements, tandis que d’autres croyaient à des pratiques occultes ou à un trafic d’organes dans les centres de traitement Ebola.
Grâce aux émissions de sensibilisation, aux témoignages des professionnels de santé et aux échanges avec les auditeurs, ces rumeurs ont progressivement perdu du terrain. Les décès de personnalités locales et de membres du personnel soignant ont également convaincu une partie de la population que le virus représentait une menace bien réelle.
Aujourd’hui, plusieurs auditeurs saluent le travail des radios locales, estimant que leurs programmes les ont aidés à mieux comprendre la maladie et à adopter les bons comportements pour protéger leurs familles.
Un lien entre les communautés et les équipes de riposte
Au-delà de la diffusion d’informations, les radios communautaires servent de passerelle entre les populations et les équipes de riposte. Les questions posées par les auditeurs permettent d’identifier les inquiétudes, les incompréhensions ou les rumeurs qui circulent dans les quartiers.

Les spécialistes invités à l’antenne répondent en direct à ces préoccupations, apportant des explications scientifiques accessibles à des milliers d’auditeurs. Cette interaction contribue à instaurer un climat de confiance indispensable à la lutte contre Ebola.
À Goma, les radios se mobilisent sans attendre les financements
Dans la province du Nord-Kivu, les radios communautaires se sont également engagées dès les premiers cas d’Ebola.
Selon le Dr Pablo Kanyamihigo, responsable de la communication sur les risques et de l’engagement communautaire à la Division provinciale de la santé, près de la moitié des 68 radios communautaires de la province ont participé activement à la sensibilisation des populations.
À Elles FM, la direction affirme n’avoir attendu aucun financement extérieur avant de lancer ses premières émissions consacrées à Ebola.
La station a conçu ses propres messages de prévention afin de répondre rapidement aux besoins de la communauté, considérant que l’information constitue une mission essentielle des médias de proximité.
Pour Gisèle Kahimbani, directrice de la radio, la FM demeure le média le plus accessible à une grande partie de la population, notamment aux habitants qui ne disposent pas d’un accès régulier à Internet.
Une programmation renforcée sur Bora FM
À Bora FM également, les émissions sur Ebola occupent une place importante dans la grille des programmes.
Des bulletins d’information, des journaux et des émissions spécialisées consacrées à la santé diffusent quotidiennement des informations sur l’évolution de l’épidémie, les mesures de prévention et les actions des équipes sanitaires.
Pour Frédéric Feruzi, responsable de la rédaction, chaque journal d’information comporte désormais un sujet consacré à Ebola, traité sous un angle différent afin de maintenir l’attention du public.
Des journalistes engagés malgré des moyens limités
Malgré leur engagement, les radios communautaires doivent composer avec des ressources financières et matérielles limitées.
Certaines rédactions ne disposent pas d’équipements de protection suffisants pour leurs journalistes envoyés sur le terrain. En revanche, les mesures de prévention sont systématiquement appliquées dans les locaux des radios : lavage des mains, contrôle de la température et respect des consignes sanitaires.

Les professionnels des médias soulignent néanmoins la bonne collaboration avec les équipes de communication des autorités sanitaires, qui facilitent l’accès aux informations fiables et aux experts.
Informer pour sauver des vies
À Bunia comme à Goma, les radios communautaires démontrent que la lutte contre Ebola ne se déroule pas uniquement dans les centres de traitement. Elle se joue aussi sur les ondes.
Chaque émission, chaque reportage et chaque intervention d’un spécialiste contribuent à combattre la désinformation, à rassurer les populations et à renforcer la confiance envers les équipes de riposte.
Dans un contexte où les rumeurs peuvent compromettre les efforts sanitaires, les radios de proximité demeurent un outil essentiel de prévention. Leur capacité à informer, écouter et dialoguer avec les communautés en fait un acteur incontournable de la réponse contre Ebola en République démocratique du Congo.
Autre lien : https://www.studiohirondellerdc.org/%f0%9f%8e%a7tpe-et-pme-en-rdc-entreprendre-malgre-le-poids-des-taxes