🎧Ebola en RDC : la confiance des communautĂ©s au cƓur de la riposte

En Ituri, la lutte contre Ebola ne se joue pas uniquement dans les centres de traitement et les structures de santé. Elle se mène aussi dans les familles, les écoles, les quartiers et les villages. Face à la peur, aux rumeurs et aux réticences, les acteurs de la riposte misent sur le dialogue et l’implication des communautés pour renforcer la confiance et favoriser l’adhésion aux mesures de prévention.

À Bunia, capitale de l’Ituri, la rentrée scolaire 2026-2027 se déroule dans un contexte marqué par l’épidémie d’Ebola. Dans les établissements scolaires, le lavage des mains, la surveillance de l’état de santé des élèves et la sensibilisation font partie des mesures mises en avant.

Pour Jonathan Rehema, sous-proved de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté en Ituri, l’école peut également servir de relais entre les autorités sanitaires et les familles.

« Au-delà de la protection des élèves, l’enjeu est aussi de transmettre les bons messages aux familles. »

Le gouverneur de l’Ituri, le général-major Gaby Kasongo Mulumba, considère lui aussi les enfants comme des relais importants de la prévention entre l’école et la communauté.

Dans certaines zones de santé considérées comme à haut risque, les autorités ont prévu l’enseignement à distance pour assurer la continuité des apprentissages. Une mesure qui suscite toutefois des réserves chez certains parents, qui estiment que les conditions matérielles nécessaires ne sont pas suffisamment réunies.

D’autres familles ont choisi d’envoyer leurs enfants à l’école, en faisant confiance aux dispositifs sanitaires mis en place.

La parole des survivants pour combattre les rumeurs

Les témoignages des personnes guéries peuvent également contribuer à réduire la peur de la maladie et la méfiance envers les centres de traitement.

Un survivant rencontré à Bunia raconte avoir été pris en charge après avoir présenté des symptômes tels que la diarrhée, les vomissements et une grande faiblesse.

Photo : AFP.

Un autre, ancien chef de village, rejette les rumeurs selon lesquelles les malades seraient volontairement tués ou maltraités dans les centres de traitement.

« Aujourd’hui, j’ai retrouvé la santé. Les soins ici sont très bons. J’ai constaté qu’en vérité, j’ai été très bien soigné, très bien accueilli. Et aujourd’hui, je suis guéri. »

Ces témoignages rappellent l’importance de consulter rapidement en cas de symptômes suspects et de ne pas laisser les rumeurs empêcher l’accès aux soins.

Les leaders communautaires comme relais

Dans plusieurs communautés, les chefs coutumiers, responsables religieux et autres leaders locaux jouent un rôle important dans l’acceptation des mesures sanitaires.

Le chef coutumier Yves Kawa Panga Mandro cite notamment la gestion des décès. Dans sa zone, les autorités demandent qu’un prélèvement médical soit effectué sur les dépouilles avant l’autorisation d’un enterrement, afin de permettre aux équipes sanitaires de détecter d’éventuels cas suspects.

Le gouverneur de l’Ituri a également pris un arrêté portant notamment sur l’interdiction de certains rassemblements dans le cadre de la lutte contre Ebola. Pour Yves Kawa, ces mesures doivent être respectées pour protéger la population.

Les taximen, relais de sensibilisation

Les conducteurs de taxis-motos sont eux aussi sollicités. En contact quotidien avec une grande partie de la population, ils peuvent contribuer à diffuser les messages de prévention.

Pamba Shalom, coordonnateur de la plateforme des associations de taxis-motos de l’Ituri, estime que les conducteurs sont particulièrement exposés et doivent être mieux informés.

Photo : AFP.

Des entreprises de transport participent également à la sensibilisation. Josh Jacob Batimesa, administrateur d’une entreprise de transport en commun, fait notamment apposer des autocollants de prévention contre Ebola sur ses véhicules et tricycles.

À Nyankunde, la méfiance fragilise la riposte

Le 15 juillet 2026, une partie du centre de traitement Ebola de Nyankunde, dans le territoire d’Irumu, a été vandalisée lors de manifestations.

L’administrateur du territoire, Jean-Siro Simba Bunga, déplore ces violences et appelle à renforcer la sensibilisation pour favoriser l’acceptation des activités de la riposte.

Cet épisode illustre les difficultés auxquelles peuvent être confrontées les équipes sanitaires lorsque la méfiance s’installe.

En Ituri, renforcer la confiance apparaît ainsi comme un élément essentiel de la riposte. Informer, écouter les préoccupations, répondre aux rumeurs et associer les leaders locaux peuvent contribuer à faire des communautés non plus de simples bénéficiaires, mais de véritables partenaires dans la lutte contre Ebola.

Autre lien : https://www.studiohirondellerdc.org/kaolin-entre-consommation-et-sante