Cyber-arnaque : attention, l’ANAT ne propose pas de parcelles à vendre

Un communiqué attribué à l’Agence nationale d’aménagement du territoire (ANAT) annonce la vente de parcelles viabilisées dans plusieurs provinces de la République démocratique du Congo, à des prix présentés comme attractifs. La publication réclame notamment des frais de dossier de 200 dollars américains et renvoie les candidats vers une plateforme hébergée sur un sous-domaine de wuaze.com. Après vérification, Vunja Uongo, la cellule de vérification des faits du Studio Hirondelle RDC, a constaté que l’annonce est fausse avec de fortes probabilités de constituer une forme d’arnaque en ligne.

Une page dénommée « ANAT RDC », sigle de l’Agence nationale de l’aménagement du territoire, a partagé, mi-octobre, un communiqué annonçant l’« Ouverture des souscriptions pour l’acquisition de parcelles viabilisées à usage résidentiel et commercial ». Le document prétend communiquer une « opération de commercialisation de parcelles viabilisées à usage résidentiel et commercial ». Il s’agirait d’une « offre exceptionnelle » dans des « zones stratégiques à fort potentiel de valorisation » situés à Kinshasa, au Kongo-Central, dans le Haut-Katanga, dans le Lualaba, le Kasai-Central, le Kasai-Orienral, la Tshopo et le Kwilu.

L’ANAT dénonce un faux

Selon la publication, le prix du mètre carré à Kinshasa varierait entre 18 et 25 dollars américains, en fonction de la localité. Le document demande également aux personnes intéressées de payer 200 dollars de frais de dossier par voie électronique, auxquels s’ajouterait une avance de réservation représentant 15 à 20 % du prix total de la parcelle. Pour s’inscrire, les internautes sont invités à se rendre sur le site anat-rdc.wuaze.com.

Contacté par la cellule de vérification des faits Vunja Uongo du Studio Hirondelle RDC, le responsable de la communication de l’ANAT, Djessy Bukasa, a formellement dénoncé le document. « Ce n’est pas authentique », a tranché Djessy Bukasa, chargé de communication de l’ANAT, précisant que ni l’Agence, ni son ministère de tutelle n’a pour vocation de vendre des parcelles. « L’ANAT a pour vocation d’accompagner l’État, les provinces et les ETD dans l’élaboration de leurs outils de planification spatiale. Nous n’entrons pas au niveau commercial. Quand on parle de vente des parcelles, nous entrons dans les attributions du ministère des Affaires foncières », a-t-il recadré.

Des détails qui trahissent l’arnaque

L’examen du lien fourni dans la publication révèle un autre élément de suspicion. L’adresse anat-rdc.wuaze.com (archivé ici) correspond à un sous-domaine de wuaze.com et non au domaine institutionnel officiel de l’ANAT qui est www.anat.gouv.cd. Sur ce site officiel, aucune trace du communiqué. L’utilisation d’une adresse web différente de celle d’une institution publique constitue un signal d’alerte lorsqu’elle accompagne une offre financière présentée comme officielle et qu’elle est suivie d’une demande de paiement préalable.

La page Facebook qui a diffusé le communiqué, intitulée « ANAT RDC », a par ailleurs été créée le 9 octobre 2026, quelques jours seulement avant la circulation du document. L’ANAT dispose pourtant d’une autre page Facebook, intitulée « Agence Nationale d’Aménagement du Territoire-ANAT-RDC », créée le 11 août 2025 et authentifiée par le service de communication qui a appelé à la vigilence.

Avec des frais de dossier de 200 dollars et une avance de réservation pouvant représenter jusqu’à 20% du prix total de la parcelle, l’ANAT dit craindre une escroquerie à grande échelle. « Ce sont des individus qui s’amusent à usurper l’identité des institutions publiques dans le but d’arnaquer la population. Une procédure a été déclenché pour les mettre hors d’état de nuire », a confié Djessy Bukasa.

Dans ce type d’arnaque en ligne, le risque concerne également les données personnelles. Le formulaire de souscription consultée par Vunja Uongo récolte notamment les noms, les numéros de téléphone et d’autres renseignements comme les numéros et les copies de passeport ou autre pièce d’identité. Interrogé sur les éventuelles conséquences de cette publication, Djessy Bukasa a indiqué que l’institution avait déjà reçu des demandes d’informations de la part de personnes intéressées par l’offre. Selon le responsable de la communication, aucun paiement lié à cette annonce n’avait été signalé à l’ANAT au moment de son échange avec notre rédaction.

Comment se protéger contre les cyber-arnaques

Les escroqueries en ligne exploitent fréquemment la confiance accordée aux institutions publiques, les promesses d’opportunités avantageuses et l’urgence de souscrire avant une prétendue clôture des inscriptions. Un logo, un cachet ou une page portant le nom d’un organisme officiel ne suffisent pas à authentifier une annonce. Des spécialistes suggèrent notamment de se fier aux canaux institutionnels, de contrôler l’adresse du site et son certificat de sécurité (SSL), d’éviter des paiements précipités et de ne pas divulguer ses données personnelles.

Pour les personnes qui auraient déjà effectué un paiement, il est indispensable de conserver les reçus, les captures d’écran, les messages échangés et l’adresse du site afin de servir de preuves.

La Rumeur de la semaine est une rubrique consacrée au décryptage des fausses informations qui circulent sur les réseaux sociaux et dans les communautés locales.

Dandjes Luyila