Washington a annoncé, lundi 2 mars, des sanctions contre les Forces de défense rwandaises (FDR) et plusieurs hauts gradés, accusés de soutenir militairement le groupe armé M23 dans l’est de la République démocratique du Congo. Cette décision intervient malgré l’accord de paix signé en décembre 2025 sous l’égide du président Donald Trump.
« Aujourd’hui, les États-Unis sanctionnent les Forces de défense rwandaises et quatre officiers supérieurs des FDR pour leur soutien opérationnel direct au Mouvement du 23 mars (M23) et à ses affiliés dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) », a indiqué le département d’État dans un communiqué.
Quatre officiers ont été visés par ces sanctions. Vincent Nyakarundi, chef d’état-major des FDR, haut commandant des forces terrestres de l’armée rwandaise, qui ont mené des opérations militaires en soutien au M23. Le général de division Ruki Karusisi qui commande la 5e division d’infanterie des Forces de défense rwandaises (RDF). Selon le Département, il était auparavant commandant des forces d’opérations spéciales et supervisait les opérations militaires menées en appui à la M23. Mubarakh Muganga qui est le chef d’état-major des Forces de défense rwandaises (RDF). « Avant sa nomination à ce poste en juin 2023, il était chef d’état-major de l’armée de terre des RDF, où il a joué un rôle clé dans la planification des opérations et le commandement des forces des RDF dans l’est de la RDC », indique le document. Stanislas Gashugi, quant à lui, a été nommé commandant des forces d’opérations spéciales des FDR le 15 mars 2025, en remplacement de Karusisi.
Ses sanctions impliquent que « tous les biens et intérêts patrimoniaux des personnes désignées ou bloquées décrites ci-dessus, situés aux États-Unis ou détenus ou contrôlés par des personnes américaines, sont bloqués et doivent être déclarés à l’OFAC ». De plus, toute entité détenue, directement ou indirectement, individuellement ou collectivement, à 50 % ou plus par une ou plusieurs personnes bloquées est également bloquée. Sauf autorisation par une licence générale ou spécifique délivrée par l’OFAC, ou exemption, la réglementation de l’OFAC interdit généralement toute transaction effectuée par des personnes américaines ou sur le territoire des États-Unis (y compris en transit) portant sur des biens ou intérêts patrimoniaux de personnes bloquées.
En décembre 2025, le président Donald Trump a réuni les dirigeants du Rwanda et de la RDC pour signer un accord de paix, prédisant un « grand miracle ». Mais quelques jours plus tard, le département d’État a relevé que le M23 avait pris la ville stratégique d’Uvira, dans la province congolaise du Sud-Kivu. L’initiative du M23 avait alors suscité l’ire de Washington.
« Les États-Unis sont prêts à utiliser tous les moyens à leur disposition pour s’assurer que la RDC et le Rwanda tiennent les promesses de cet accord historique ».
Communiqué du Département du Trésor américain

« Le M23, entité sanctionnée par les États-Unis et l’ONU, est responsable d’atroces violations des droits humains, notamment des exécutions sommaires et des actes de violence contre des civils, y compris des femmes et des enfants », a déclaré le porte-parole du département d’État, Tommy Pigott. « Le soutien continu des FDR et de ses hauts responsables a permis au M23 de s’emparer du territoire souverain de la RDC et de poursuivre ces graves violations », a poursuivi le département d’État.
« Comme le président Trump l’a clairement indiqué, les États-Unis sont prêts à utiliser tous les moyens à leur disposition pour s’assurer que la RDC et le Rwanda tiennent les promesses de cet accord historique », ajoute encore le communiqué.
Peu après cette annonce, le Rwanda a déclaré que les sanctions américaines « visaient injustement une seule partie » et a insisté, dans un communiqué publié le soir du même lundi, sur le fait qu’une telle mesure « ne reflète pas la réalité et déforme les faits du conflit ». Il a également accusé la RDC de « violations manifestes des accords de cessez-le-feu ».
De son côté, le gouvernement congolais, à travers via le ministère de la communication et médias, a salué cette décision du Département du Trésor américain, à travers l’Office of Foreign Assets Control (OFAC). « Ces mesures constituent un signal clair en faveur du respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale » de la République démocratique du Congo, de la justice ainsi que de la justice mise en œuvre effective des engagements souscrits dans les cadres des Accords de Washington », lit-on dans un communiqué publié dans la soirée du 2 mars.
M. Trump s’était auparavant montré favorable à l’idée de travailler avec le président rwandais Paul Kagame, un dirigeant de longue date qui s’est également dit disposé à accueillir des migrants expulsés des États-Unis, objectif politique majeur pour le président américain.
Retrait rwandais attendu
L’accord de paix conclu en décembre 2025 avait été salué par M. Trump comme un moyen de sécuriser des minerais stratégiques provenant de la République démocratique du Congo (RDC). Il prévoit une contrepartie économique promettant à l’industrie de pointe américaine un approvisionnement en minerais stratégiques de RDC qui, autrement, pourraient être acheminés vers la Chine.
Premier producteur mondial de cobalt, essentiel pour les batteries de véhicules électriques, la RDC détient aussi dans ses sous-sols au moins 60% des réserves mondiales de coltan, minerai stratégique pour l’industrie électronique.
Dans un communiqué distinct, le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a déclaré que les États‑Unis s’attendaient « au retrait immédiat des troupes, des armes et de l’équipement » des FDR. « Des milliers de soldats des FDR sont déployés dans l’est de la RDC, où ils participent activement à des opérations de combat et facilitent le contrôle du territoire par le M23 », ajoute le communiqué.
Alors que les appels en faveur de sanctions se multipliaient aux États-Unis en février, M. Kagame avait exhorté le Rwanda à être plus autosuffisant, faisant de cet objectif la « priorité principale » de son pays.
Studio Hirondelle RDC, avec AFP