Le gouvernement congolais, à travers le ministère de l’Enseignement supérieur, universitaire, recherche scientifique et innovations (ESURSI), a ordonné la suspension, jusqu’à nouvel ordre, des activités académiques dans plusieurs établissements d’enseignement supérieur et universitaire de Goma et Bukavu, deux villes sous contrôle de l’AFC/M23. Cette décision intervient dans un contexte de crise sécuritaire qui perturbe le fonctionnement normal du secteur universitaire dans l’est de la République démocratique du Congo.
La mesure est contenue dans l’arrêté ministériel n°239/MINESURSI/CAB.MIN/SASM/MMK/2026, consulté mercredi 26 août par Studio Hirondelle RDC. Elle concerne plusieurs établissements du Nord-Kivu et du Sud-Kivu pour l’année académique 2026-2027.
Sont notamment suspendus les inscriptions et réinscriptions, les enseignements, les évaluations, les délibérations ainsi que tous les actes administratifs et académiques susceptibles d’aboutir à la délivrance d’un titre académique.
À Goma, la mesure concerne notamment l’Université de Goma, l’Institut supérieur de commerce (ISC-Goma), l’Institut supérieur des techniques médicales (ISTM-Goma) et l’Institut supérieur pédagogique (ISP-Goma).
À Bukavu, elle s’applique notamment à l’Université officielle de Bukavu, l’ISC-Bukavu, l’ISTM-Bukavu, l’ISP-Bukavu, l’Institut supérieur de développement rural (ISDR-Bukavu) et l’Institut supérieur des arts et métiers (ISAM-Bukavu).
Une exception pour les étudiants finalistes
Face à cette interruption, le ministère prévoit toutefois une mesure particulière pour les étudiants finalistes de l’année académique 2025-2026. Ils sont autorisés à poursuivre les activités nécessaires à la clôture de leur cursus, notamment les évaluations, dans d’autres établissements publics ou privés légalement reconnus par la République démocratique du Congo.
48 membres du personnel radiés de la paie
Parallèlement à la suspension des activités académiques, Kinshasa a engagé une procédure disciplinaire contre 48 membres du personnel académique et administratif des établissements concernés.
Le ministère a demandé aux services compétents de désactiver les personnes visées des listings de paie, à titre conservatoire, alors qu’une procédure de révocation est en cours.

Selon les documents consultés, ces personnels sont notamment accusés d’avoir rejoint l’AFC/M23, de lui avoir prêté allégeance ou d’avoir accepté d’exercer des fonctions sous son autorité.
La liste annexée à la décision comprend 28 professeurs, 12 chefs de travaux, trois assistants et cinq autres membres du personnel relevant de différentes catégories académiques et administratives.
À travers ces mesures, le ministère entend tirer les conséquences administratives des faits reprochés aux agents concernés, dans un contexte de prise de contrôle des institutions publiques par l’AFC/M23.
Des réactions contrastées
À Goma, aucun responsable de l’AFC/M23 n’avait, mercredi, réagi publiquement à la décision de Kinshasa.
En revanche, le Consortium international pour les droits humains au Congo (CIDHC) a exprimé son désaccord. L’organisation demande notamment le réexamen immédiat de la décision, la garantie de la continuité de l’enseignement supérieur et, si nécessaire, la mise en place de mécanismes temporaires d’enseignement à distance.
Le CIDHC réclame également la publication par le gouvernement des motifs précis, de la base juridique, de la durée et des critères ayant conduit à la suspension des activités académiques. Il souhaite enfin la mise en place d’un mécanisme indépendant chargé d’évaluer l’impact de cette décision sur les étudiants, les enseignants et les familles.

À Bukavu, plusieurs réactions ont également émergé sur les réseaux sociaux. Certains internautes estiment que Kinshasa aurait dû privilégier des mesures ciblées contre les responsables soupçonnés d’avoir rejoint l’AFC/M23, plutôt que de suspendre les activités académiques dans plusieurs établissements.
D’autres critiquent plus largement la gestion de la crise universitaire par le gouvernement congolais, estimant que la suspension des activités risque de pénaliser davantage les étudiants et les familles.
La suspension intervient alors que les établissements d’enseignement supérieur de Goma et Bukavu continuent de fonctionner dans un contexte de crise sécuritaire et institutionnelle. Sa durée reste indéterminée et dépendra de l’évolution de la situation dans les zones concernées.
