Déclarée officiellement à la mi-mai 2026, la 17ᵉ épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) a déjà fait 3 007 morts sur 6 186 cas recensés, selon le dernier bilan de l’Institut national de santé publique (INSP). L’épidémie, provoquée par le virus Bundibugyo, touche désormais six provinces, notamment des zones de l’est et du nord-est du pays confrontées à l’insécurité et à une forte défiance communautaire.
L’épidémie d’Ebola en cours en RDC est devenue la plus meurtrière jamais enregistrée dans le pays. Selon les dernières données publiées par l’INSP, le virus a causé 3 007 décès parmi 6 186 cas, soit un taux de létalité de 48,6 %. Quelque 1 409 personnes ont été déclarées guéries.
Partie de la province de l’Ituri, dans le nord-est du pays, l’épidémie s’est depuis étendue à six provinces. Elle sévit notamment dans des zones marquées par une présence limitée de l’État et une insécurité persistante liée à l’activité de groupes armés.
Le virus responsable de cette flambée est le Bundibugyo, une souche d’Ebola contre laquelle aucun vaccin ni traitement n’est, à ce jour, homologué spécifiquement.
Des résistances qui compliquent la riposte
La riposte sanitaire est confrontée à d’importantes difficultés, notamment le manque de moyens, l’augmentation du nombre de cas et la méfiance d’une partie de la population.
Selon un rapport de la coordination de la riposte cité par RFI, jusqu’à 42 corps n’avaient pas pu être prélevés en Ituri au 1ᵉʳ septembre, en raison de résistances communautaires.
Ces prélèvements sont pourtant essentiels pour confirmer ou écarter une infection à Ebola et permettre aux équipes de retrouver les personnes ayant été en contact avec les victimes. Il peut s’agir de proches ayant soigné le malade, de personnes ayant transporté son corps ou de celles ayant participé à sa toilette et à son habillement avant les funérailles.
Sans confirmation biologique, la recherche des contacts devient plus difficile. Or, une personne décédée d’Ebola peut encore présenter un risque important de transmission.
Les résistances concernent également d’autres mesures de la riposte. Les sept derniers rapports examinés par RFI font état de refus de prélèvements, d’isolements et de transferts vers des centres de traitement.
Plus de sept décès sur dix surviennent dans les communautés
Pendant que les équipes de santé tentent de renforcer la prise en charge, le virus continue de circuler en dehors des structures sanitaires.
Entre le 26 août et le 1ᵉʳ septembre, 295 décès ont été enregistrés en RDC. Parmi eux, 210 sont survenus dans les communautés, contre 85 dans les centres de traitement.
Ces chiffres montrent l’ampleur du défi auquel la riposte est confrontée : plus de sept décès sur dix ont eu lieu en dehors des structures de soins, où les malades peuvent pourtant bénéficier d’une prise en charge et être isolés afin de limiter les risques de transmission.
Nord-Kivu : 875 cas et 609 décès
Au Nord-Kivu, la situation demeure particulièrement préoccupante. Vingt nouveaux cas confirmés le 1ᵉʳ septembre portent à 875 le nombre cumulé de cas depuis le début de l’épidémie dans cette province, selon le bilan de la Coordination provinciale de la riposte publié mardi 2 septembre.

Le Nord-Kivu compte désormais 609 décès, soit un taux de létalité de 70 %. Parmi les personnes touchées, 86 sont guéries, tandis que 159 cas restent actifs. Vingt-et-une autres personnes sont déplacées ou en fuite.
Les nouveaux cas ont été enregistrés à Butembo (6), Katwa (5) et Beni (4). Les autres sont répartis entre Maseraka, Lubero, Mabalako et Manguredjipa.
Avec 393 cas et 284 décès, Katwa reste la zone de santé la plus touchée, devant Butembo et Beni.
Au total, 15 des 34 zones de santé du Nord-Kivu sont affectées par l’épidémie. Les équipes de la riposte assurent le suivi de plus de 7 400 contacts sur les 8 300 recensés, soit un taux de suivi d’environ 90 %.
Beni : cinq patients guéris quittent les centres de traitement
Malgré cette situation préoccupante, des guérisons sont également enregistrées.
À Beni, cinq patients guéris d’Ebola ont quitté les centres de traitement lundi 31 août 2026. Parmi eux figurent deux enfants, deux femmes et un soignant.
Il s’agit du plus important nombre de patients guéris sortis en même temps des deux centres de traitement d’Ebola de Beni depuis le début de cette épidémie.
Pour le docteur Jérémie Muhindo, président de la commission chargée de la prise en charge dans la riposte à Beni, ces guérisons doivent contribuer à rassurer la population. Il rappelle qu’Ebola peut être guéri lorsque les patients accèdent rapidement aux soins.
Les survivants ont également appelé la population à faire confiance aux équipes médicales et à consulter rapidement en cas de symptômes.
« Je suis venue très faible, mais là, je suis vraiment en forme. Merci au personnel soignant et que Dieu le bénisse ! », témoigne une survivante.
Un autre patient guéri lance également un message à la population : « Je suis heureux. Je suis venu dans un état malade, aujourd’hui je suis guéri. Le grand message, c’est que la population prenne conscience que la maladie existe et qu’elle vienne se faire traiter. »
Ces cinq nouvelles guérisons portent à onze le nombre de patients sortis guéris des deux centres de traitement d’Ebola de Beni depuis le début de l’épidémie.
Des essais de vaccins et de traitements en cours
La lutte contre le virus Bundibugyo repose également sur la recherche. Plusieurs traitements et vaccins font actuellement l’objet d’essais.
Les vaccins contre Ebola déjà homologués sont principalement efficaces contre le virus Zaïre, responsable des plus importantes épidémies d’Ebola enregistrées jusqu’ici. Ils ne sont pas spécifiquement homologués contre le Bundibugyo.

En attendant la mise au point d’un vaccin spécifique, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a recommandé la mise en œuvre d’un essai clinique de phase 3 avec Ervebo, le vaccin utilisé contre le virus Zaïre.
Les experts ne savent pas encore si Ervebo offre une protection contre le Bundibugyo. Des premières données laissent toutefois penser qu’il pourrait présenter un certain niveau de protection.
Un premier lot de 16 250 doses est arrivé en RDC à la fin du mois d’août. Ces doses sont destinées en priorité aux soignants et aux autres personnels exposés en première ligne.
La vaccination a débuté à Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo, dans le nord-est du pays.
Alors que le virus continue de circuler, les autorités sanitaires et leurs partenaires sont confrontés à un double défi : renforcer la prise en charge des malades et restaurer la confiance des communautés, indispensable pour faciliter les prélèvements, l’isolement des cas, le suivi des contacts et l’accès rapide aux soins.
SHRDC-AFP
Autre lien : https://www.studiohirondellerdc.org/rdc-denise-dusauchoy-arretee-en-tanzanie-selon-le-ministere-de-la-justice
