Depuis le 1er juillet, des rumeurs, accompagnées d’images, circulent sur les réseaux sociaux au sujet d’une prétendue intervention de militaires français combattant aux côtés de l’armée rwandaise et de l’Alliance Fleuve Congo – Mouvement du 23 mars (AFC-M23) contre les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) dans l’est du pays. Or, les analyses montrent que ces images ont été générées par l’intelligence artificielle et, à ce jour, aucune preuve crédible ne documente l’implication de soldats français dans ces affrontements.
Au total, quatre images ont été utilisées dans plusieurs publications (1, 2, 3 et 4) sur Facebook et X comme prétendues preuves de la présence de soldats français dans les combats dans l’est de la RDC. Ces clichés montrent des militaires blancs, dont la plupart portent des insignes aux couleurs bleu, blanc et rouge rappelant le drapeau français. L’une des tenues porte également l’inscription « France ».
Les auteurs de ces publications affirment que des soldats français, prétendument envoyés par le président français Emmanuel Macron et le président rwandais Paul Kagame, auraient été capturés à Kakenge, près de Minembwe, dans la province du Sud-Kivu. L’un des messages affirme même que « l’hypocrisie du président français Emmanuel Macron a enfin été mise à nu ».
Les images ont été générées par l’intelligence artificielle
Toutes les images ont été soumises à Hive Moderation, un outil de détection permettant d’évaluer la probabilité qu’une image ait été générée par l’intelligence artificielle.
Les résultats montrent notamment que le cliché représentant un sergent des FARDC tenant un homme blanc agenouillé et menotté présente une probabilité de 99,9 % d’avoir été généré par l’IA. Le résultat est similaire pour la photo montrant apparemment le même sergent des FARDC derrière un militaire français debout et menotté : elle présente une probabilité de 99,3 % d’avoir été générée par l’intelligence artificielle.


Une autre image montrant un sergent des FARDC portant un chapeau de brousse et se tenant derrière un militaire français menotté et agenouillé présente également une probabilité de 99,9 % d’avoir été générée par l’IA. Enfin, la quatrième image, qui montre des militaires congolais entourant trois soldats français menottés et assis au sol, présente une probabilité de 76,3 % d’avoir été générée par l’intelligence artificielle.


Les soldats français combattent-ils aux côtés des forces rwandaises et du M23 ?
À ce jour, aucune preuve crédible ne permet d’établir l’implication de soldats français dans les affrontements qui se déroulent dans l’est de la RDC. Aucun rapport du Groupe d’experts des Nations unies sur la RDC ne fait état de la présence de militaires français dans ces combats ni de liens entre le président français Emmanuel Macron et les forces du M23.
Le dernier rapport du Groupe d’experts de l’ONU souligne, en revanche, le rapprochement entre l’ancien président congolais Joseph Kabila et le Mouvement du 23 mars (M23). Le document cite notamment le général Vincent Nyakarundi, responsable des opérations, les généraux Eugène Nkubito et Gatama, qui commandaient les forces au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, les forces spéciales du général Stanislas Gashugi ainsi que l’ancien général James Kabarebe, conseiller principal du président Paul Kagame en matière de défense, présenté comme responsable de la coordination entre l’AFC-M23 et le président honoraire Joseph Kabila.
Selon ce même rapport, les effectifs de l’AFC-M23 sont estimés à environ 30 000 combattants. Ceux-ci proviendraient notamment des anciens membres du CNDP, des premiers combattants du M23 de 2012, de recrues mobilisées depuis 2021 au sein de la diaspora rwandaise et des camps de réfugiés, de milliers d’anciens membres des FARDC et de la Police nationale congolaise (PNC), ainsi que de combattants Wazalendo ayant fait défection ou ayant été capturés après la prise de Goma.
Le rapport estime également que les effectifs des soldats rwandais déployés au Nord-Kivu et au Sud-Kivu à la fin du mois de décembre 2025 étaient compris entre 14 000 et 18 000 hommes. En revanche, aucun rapport des Nations unies ne mentionne la participation de soldats français aux opérations militaires dans l’est de la RDC.
Par ailleurs, aucun média crédible n’a rapporté une implication du président français Emmanuel Macron ou de l’armée française dans cette crise sécuritaire. De même, les FARDC n’ont publié aucun communiqué faisant état d’une participation de militaires français aux combats.
Les autorités congolaises accusent régulièrement l’armée rwandaise de soutenir le Mouvement du 23 mars dans ses offensives dans l’est de la RDC. Kigali continue de rejeter ces accusations, malgré plusieurs rapports des Nations unies faisant état de l’implication des Rwanda Defence Force (RDF).
Nos démarches auprès de l’ambassade de France en République démocratique du Congo afin d’obtenir une réaction sur ces allégations sont restées sans réponse.
Conclusion
Les analyses montrent que les images présentant de prétendus soldats français capturés par les FARDC ont été générées par l’intelligence artificielle. Par ailleurs, aucun rapport des Nations unies, aucun communiqué officiel des FARDC et aucune enquête de médias crédibles ne permet d’établir un lien entre le président français Emmanuel Macron, l’armée française et les combats en cours dans l’est de la RDC.
À l’ère de l’intelligence artificielle générative, les images manipulées sont devenues de plus en plus réalistes. Les erreurs grossières observées au début de cette technologie, comme les personnages dotés de trois mains ou de trois pieds, sont désormais beaucoup plus rares. Leur vérification nécessite donc le recours à plusieurs méthodes, notamment l’observation attentive des images et l’utilisation d’outils spécialisés de détection de l’IA, tels que Hive Moderation.
« La rumeur de la semaine » est une rubrique consacrée à la vérification des informations douteuses qui circulent sur les réseaux sociaux et au sein de nos communautés.