🎧Contexte : une nouvelle épidémie d’Ebola n’est pas forcément liée à une nouvelle souche du virus

Le 26 mai, l’ambassade de Russie en Afrique du Sud a affirmé dans une publication sur X (anciennement Twitter) que des chercheurs russes auraient développé un vaccin contre une « nouvelle souche » de la maladie à virus Ebola. Pourtant, aucune nouvelle souche d’Ebola n’est actuellement en circulation. La situation observée en République démocratique du Congo concerne plutôt une nouvelle épidémie causée par la souche Bundibugyo, identifiée pour la première fois en 2007 en Ouganda.

Rédigée initialement en anglais, la publication indique que le ministre russe de la Santé, Mikhaïl Mourachko, aurait déclaré que ce vaccin pourrait également protéger contre la souche rare Bundibugyo, selon les scientifiques russes.

Au 18 juin, la publication totalisait plus de 50 000 vues et plus de 500 partages. L’information a ensuite été relayée sur plusieurs pages des réseaux sociaux en RDC, notamment par News.cd, qui compte plus de 350 000 abonnés.

Aucune nouvelle variante d’Ebola n’a été identifiée à ce jour

Si une souche d’Ebola est bien à l’origine d’une nouvelle épidémie en RDC, rien n’indique l’apparition d’un nouveau variant du virus. Le 15 mai, le ministère congolais de la Santé, Hygiène et Prévoyance sociale a officiellement déclaré la 17ᵉ épidémie d’Ebola dans le pays. Celle-ci est causée par la souche Bundibugyo, pour laquelle il n’existe actuellement ni vaccin homologué ni traitement spécifique, contrairement à la souche Zaïre.

À ce jour, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) n’a annoncé la découverte d’aucune nouvelle variante du virus Ebola. De même, aucun média ni aucune organisation sanitaire n’a rapporté l’existence d’un nouveau variant au 18 juin.

Par ailleurs, la publication de l’ambassade de Russie ne fournit aucun détail permettant d’étayer l’affirmation selon laquelle une nouvelle souche aurait été découverte. Ces éléments ne permettent donc pas de conclure à l’apparition d’une nouvelle souche du virus Ebola.

Quelle différence entre une nouvelle souche et une nouvelle épidémie ?

Les deux notions désignent des réalités différentes.

Selon l’OMS, les virus évoluent naturellement au fil du temps à travers des mutations génétiques. Ces modifications peuvent donner naissance à de nouvelles souches ou variantes. Dans la plupart des cas, ces mutations n’ont pas d’effet significatif sur les propriétés du virus.

Certaines mutations peuvent toutefois modifier certaines caractéristiques du virus, notamment sa transmissibilité, la gravité de la maladie qu’il provoque ou encore l’efficacité des vaccins, des traitements et des outils de diagnostic.

Une nouvelle souche résulte donc d’une modification génétique du virus. Elle ne dépend pas d’une période particulière ni d’une saison.

À l’inverse, une nouvelle épidémie correspond à la réapparition ou à l’augmentation du nombre de cas d’une maladie déjà connue dans une population donnée. Dans ce cas, ce n’est pas la maladie qui est nouvelle, mais la flambée épidémique.

Concernant la situation actuelle dans l’est de la RDC, il s’agit d’une nouvelle épidémie provoquée par la réapparition de la souche Bundibugyo, déjà identifiée en Ouganda en 2007.

Contacté par notre rédaction, le docteur Baba Mutuza partage la même analyse :

« L’épidémie relève principalement de l’épidémiologie, c’est-à-dire de l’augmentation du nombre de cas d’une maladie durant une période donnée. Lorsqu’on parle de nouvelles souches, on se situe plutôt dans le domaine de l’immunologie et de la génétique virale. Les virus, comme les bactéries ou les champignons, peuvent développer des mécanismes leur permettant de résister à certaines pressions, notamment les médicaments ou les vaccins. »

Les différentes espèces d’ebolavirus déjà recensées

À ce jour, l’OMS et le Comité international de taxonomie des virus reconnaissent six espèces d’ebolavirus. Parmi elles, trois sont responsables de la majorité des grandes flambées épidémiques observées chez l’être humain : le virus Ebola (espèce Zaïre), le virus Soudan et le virus Bundibugyo.

Les autres espèces recensées sont le virus Taï Forest, le virus Reston et le virus Bombali. Ce dernier a été découvert en 2018 chez des chauves-souris en Sierra Leone et constitue l’espèce d’ebolavirus la plus récemment identifiée.

Conclusion

Une nouvelle souche d’un virus ne doit pas être confondue avec une nouvelle épidémie. La première résulte d’une modification génétique du virus, tandis que la seconde correspond à une nouvelle flambée de cas d’une maladie déjà connue.

Dans le cas de la RDC, il s’agit d’une nouvelle épidémie d’Ebola causée par la souche Bundibugyo, identifiée depuis 2007 en Ouganda. Aucune preuve ne permet d’affirmer qu’une nouvelle souche du virus Ebola est actuellement en circulation.

Dans un contexte de crise sanitaire, ce type de confusion peut laisser croire à l’apparition d’un variant inconnu des scientifiques et susciter des inquiétudes injustifiées. Il est donc important de distinguer clairement les notions de « nouvelle souche » et de « nouvelle épidémie ».

« La rumeur de la semaine » est une rubrique consacrée à la vérification des informations douteuses qui circulent sur les réseaux sociaux et dans nos communautés locales.

Autre lien : https://www.studiohirondellerdc.org/recherches-scientifiques-these-ebola-laboratoire-rdc