Les très petites, petites et moyennes entreprises (TPE et PME) connaissent un essor ces dernières années en République démocratique du Congo. Selon la Banque mondiale, une entreprise sur deux a moins de dix ans d’existence. Malgré ce dynamisme, de nombreux entrepreneurs affirment évoluer dans un environnement peu favorable, notamment en raison de la pression fiscale.
La RDC est-elle un pays propice au développement des petites entreprises ? La majorité des TPE et PME opèrent dans le commerce de détail, les services et l’industrie manufacturière, selon un rapport du Groupe de la Banque mondiale publié en 2024. Ce document identifie les coupures d’électricité, le difficile accès au financement et la concurrence déloyale parmi les principaux obstacles à leur développement. À ces contraintes s’ajoute, selon les entrepreneurs, le poids des taxes et des impôts.
Le même rapport souligne que « le système fiscal congolais reste perçu comme trop lourd par une part importante des entreprises, 37 % d’entre elles le considérant comme une contrainte sévère ».
Sur le terrain, cette réalité se traduit de différentes manières. Si la fiscalité est indispensable au financement des services publics et au développement du pays, de nombreux entrepreneurs estiment que la multiplicité des taxes, la parafiscalité et certaines pratiques de perception freinent la croissance de leurs activités, réduisent leurs marges et découragent parfois l’investissement.
« Dernièrement, les taxes et impôts ont augmenté sans que l’on sache pourquoi. Nous payons aussi certaines taxes sans bénéficier des services correspondants, comme celle sur les immondices », déplore Gabriel Kazadi, propriétaire d’une boutique à Lubumbashi depuis 2017.
« Sinon, cela devient irrégulier »
Les petites boutiques s’acquittent notamment de droits communaux tels que les frais d’enregistrement et les droits d’ouverture. À cela s’ajoutent les prélèvements effectués par différents services de l’État.
« Lorsqu’un service de l’État intervient, il faut s’assurer que son action est conforme à la réglementation applicable à l’activité exercée. Sinon, cela devient irrégulier », explique Christian Kahobe, enseignant en sciences économiques et expert en fiscalité.

La multiplication des contrôles est également dénoncée par de nombreux jeunes entrepreneurs. À Matadi, dans la province du Kongo-Central, Ruth, une cheffe d’entreprise d’une vingtaine d’années, a récemment ouvert un salon d’onglerie. Depuis le lancement de son activité, elle affirme être confrontée à des sollicitations répétées de la part de plusieurs services publics, venus réclamer le paiement de différentes taxes et redevances.
« Plusieurs équipes différentes passent parfois le même jour. Les agents de l’environnement viennent réclamer de l’argent et menacent de fermer mon activité si je ne paie pas », témoigne-t-elle.
Pour Christian Kahobe, les dirigeants de TPE et PME gagneraient à se faire accompagner par des conseillers fiscaux afin de mieux comprendre leurs obligations fiscales et d’éviter certains désagréments, notamment les paiements indus ou les litiges avec les services de l’État.
« Le système fiscal congolais est déclaratif. Lorsqu’une entreprise effectue sa déclaration, l’administration fiscale peut procéder à un contrôle sur pièces ou sur place. Les entrepreneurs doivent donc exiger, de chaque service qui se présente, le document officiel en vigueur autorisant ce contrôle », précise-t-il.
Un appel à davantage d’allègements fiscaux
Au-delà des taxes, certaines petites entreprises doivent composer avec d’importantes contraintes logistiques. À Kananga, dans la province du Kasaï-Central, les commerçants dépendent largement des grands centres d’approvisionnement que sont Kinshasa et Lubumbashi. En raison du mauvais état des infrastructures routières, les marchandises sont souvent transportées par voie aérienne, ce qui entraîne une hausse considérable des coûts.
Adrienne Mbombesha, propriétaire d’une boutique à Kananga, plaide pour un accompagnement accru des jeunes entreprises afin de leur permettre de mieux faire face aux défis liés à leur activité.
« Les autorités devraient accorder un délai aux petits commerçants qui démarrent leurs activités. Elles pourraient, par exemple, nous laisser une année avant certaines obligations fiscales », souhaite-t-elle.
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