🎧 Ebola dans l’Est de la RDC : protĂ©ger ceux qui protègent la population

À chaque résurgence de l’épidémie, l’attention se porte naturellement sur les patients et les communautés affectées. Pourtant, derrière chaque prise en charge médicale, chaque enquête épidémiologique et chaque enterrement digne et sécurisé, des hommes et des femmes s’exposent quotidiennement pour sauver des vies.

Médecins, infirmiers, équipes de surveillance, membres des équipes d’enterrement digne et sécurisé (EDS) et relais communautaires constituent la première ligne de défense contre le virus.

Pour ce reportage, nous nous sommes rendus à Beni et à Butembo, dans le Grand Nord de la province du Nord-Kivu. 

À Beni, des soignants exposés à des risques permanents

À Beni, où plusieurs cas d’Ebola ont été confirmés ces dernières semaines, les acteurs de la riposte travaillent sous une pression constante.

Le Dr Jérémie Katsavara, impliqué dans la prise en charge des patients atteints d’Ebola, rappelle que les soignants restent particulièrement vulnérables lorsque les mesures de protection ne sont pas rigoureusement respectées.

« Nous sommes exposés à des risques importants lorsque les précautions standards ne sont pas observées. Un patient que vous soignez peut vous contaminer si les procédures ne sont pas respectées », explique-t-il.

Pour réduire ces risques, les équipes appliquent strictement les protocoles de prévention, notamment le port d’équipements de protection individuelle (EPI), le respect des mesures barrières et l’application des procédures standardisées de prise en charge.

Selon le médecin, travailler dans un centre de traitement Ebola est particulièrement exigeant.

« C’est une activité stressante qui exige une vigilance permanente. Nous devons constamment nous assurer que toutes les procédures sont respectées afin de protéger les équipes contre les risques d’exposition », souligne-t-il.

Les équipes d’enterrement digne et sécurisé en première ligne

Les membres des équipes d’enterrement digne et sécurisé jouent également un rôle crucial dans la lutte contre Ebola.

Kambale Kalume, membre d’une équipe EDS, explique que chaque intervention nécessite une protection maximale.

« L’enterrement d’une personne décédée d’Ebola exige une isolation stricte et le port complet des équipements de protection individuelle afin d’éviter tout contact avec le corps et de briser la chaîne de transmission », précise-t-il.

Parmi les mesures essentielles figurent le lavage régulier des mains, l’utilisation de solutions hydroalcooliques, l’interdiction de manipuler les corps sans formation adéquate et la gestion sécurisée des déchets médicaux.

L’importance de la communication avec la population

Pour le Dr Baba Mutuza, une surveillance épidémiologique efficace passe également par une communication transparente avec les communautés. Il déplore la méfiance persistante de certaines familles envers les structures sanitaires.

Selon lui, la peur et les rumeurs conduisent parfois des patients à refuser les transferts vers les centres spécialisés, compromettant ainsi leur prise en charge et augmentant les risques de propagation du virus.

« Plus la maladie est détectée tôt, plus les chances de survie sont élevées », rappelle-t-il.

Les relais communautaires face aux rumeurs

Les relais communautaires occupent une place stratégique dans la sensibilisation de la population. Blaise Mapendo, relais communautaire à Beni, se souvient des débuts difficiles de la lutte contre Ebola.

« Au début, la peur et la colère dominaient. Beaucoup de personnes pensaient qu’il s’agissait d’un sortilège ou d’une invention. Certains relais communautaires ont même été menacés », raconte-t-il.

Grâce aux campagnes de porte-à-porte, à la sensibilisation en langue locale et au suivi des contacts, les mentalités ont progressivement évolué.

« Voir des personnes guéries revenir dans leurs familles nous a donné la force de continuer malgré la stigmatisation et la fatigue », témoigne-t-il.

À Butembo, entre vigilance et désinformation

À Butembo, l’épidémie continue également de susciter de nombreuses réactions.

Depuis l’ouverture du Centre de traitement Ebola (CTE) de l’hôpital de Kitatumba/Katwa, les équipes médicales multiplient les efforts pour contenir la propagation du virus.

Si certains habitants suivent attentivement les recommandations sanitaires diffusées par les radios locales, d’autres restent influencés par des rumeurs et des théories complotistes.

Dans plusieurs marchés de la ville, les gestes barrières sont encore insuffisamment respectés malgré les campagnes de sensibilisation.

Pour Serge Nzandu, habitant de Butembo, la population doit s’approprier la lutte contre la maladie.

« Si nous ne nous engageons pas collectivement, nous risquons de perdre davantage de vies », affirme-t-il.

Une lueur d’espoir

La guérison du premier patient traité au centre Ebola de Butemboconstitue un signal encourageant.

Cependant, les autorités sanitaires restent en alerte. Plus de 600 contacts identifiés continuent à faire l’objet d’un suivi rapproché afin de détecter rapidement tout nouveau cas.

Le Dr Gaston Maboko, chef de la Division provinciale de la santé du Nord-Kivu, appelle la population à collaborer pleinement avec les équipes médicales.

« Les décès enregistrés doivent nous pousser à respecter toutes les mesures de prévention afin d’inverser la tendance », insiste-t-il.

Désiré Buyana : « La communication est la clé de la confiance »

Désiré Buyana, coordonnateur provincial du Programme national de communication et de promotion de la santé, estime que la méfiance observée dans certaines communautés est principalement alimentée par les rumeurs.

« Les fausses informations brisent la confiance entre la population et les soignants. Pourtant, ce sont les mêmes professionnels qui accompagnent les communautés au quotidien », explique-t-il.

Pour restaurer cette confiance, il préconise une communication claire et continue sur la maladie, les mesures de prévention et les possibilités de guérison.

Selon lui, les leaders religieux, les femmes, les jeunes et les leaders communautaires ont un rôle déterminant à jouer.

« Ce sont des personnes influentes qui peuvent encourager l’adoption des comportements protecteurs et mobiliser la communauté », souligne-t-il.

Les messages prioritaires de la riposte

Les autorités sanitaires insistent actuellement sur plusieurs mesures essentielles :

  • Se laver régulièrement les mains ;
  • Respecter les dispositifs de contrôle sanitaire ;
  • Signaler rapidement tout cas suspect ;
  • Éviter tout contact avec les personnes présentant des symptômes compatibles avec Ebola ;
  • Ne jamais manipuler un corps en cas de décès suspect ;
  • Faire appel aux équipes d’enterrement digne et sécurisé.

Désiré Buyana met également en garde contre la désinformation qui circule sur les réseaux sociaux.

« Lorsqu’une information non vérifiée vous parvient, il ne faut pas la partager. Les rumeurs peuvent mettre des vies en danger », rappelle-t-il.

Une responsabilité collective

La lutte contre Ebola ne repose pas uniquement sur les personnels de santé. Elle nécessite l’engagement de toute la communauté.

Protéger les soignants, soutenir les équipes de terrain, respecter les mesures de prévention et combattre la désinformation demeurent des conditions indispensables pour stopper la propagation du virus et sauver des vies.