Kasaï-Central : le complexe scolaire La Renaissance change de visage après plusieurs années de réhabilitation

Kasaï-Central : le complexe scolaire La Renaissance change de visage après plusieurs années de réhabilitation

Après près de cinq ans de travaux de réhabilitation, le complexe scolaire La Renaissance, ancien Athénée Royal de Kananga, retrouve progressivement ses élèves. Le gouverneur du Kasaï-Central a procédé à sa réouverture officielle mardi 1er septembre, à l’occasion du lancement de l’année scolaire 2026-2027.

La cérémonie a été marquée par la joie des élèves, des enseignants et des parents. Le complexe accueille treize établissements scolaires, de la maternelle au secondaire, avec une capacité d’accueil de plus de 7 500 élèves.

Pendant les travaux, les différentes écoles avaient été délocalisées vers d’autres établissements. Certains élèves devaient parcourir plusieurs kilomètres chaque jour pour rejoindre leurs salles de classe.

« Nous avons beaucoup souffert. Les conditions d’étude n’étaient pas bonnes. Il n’y avait pas de bancs et c’était une longue distance à parcourir », témoigne une élève.

Une autre élève, inscrite en coupe et couture, évoque également le manque de matériel :

« Il n’y avait pas de matériel pour nous qui suivons l’option coupe et couture. Cette année, j’avais dit à mon papa que je ne voulais plus continuer là-bas, vu les conditions d’études. »

Des enseignants soulagés

Les enseignants et les chefs d’établissement se réjouissent également du retour dans des locaux réhabilités.

Philippe Munudi, enseignant de géographie à l’Institut technique commercial, se souvient des difficultés rencontrées dans les anciens locaux.

« On n’avait pas de manuels scolaires. Quand il pleuvait, ça suintait. Les plafonds tombaient sur les enfants », explique-t-il.

Les parents espèrent, eux aussi, que la réhabilitation permettra à leurs enfants d’étudier dans de meilleures conditions et à proximité de leur lieu de résidence.

Un complexe scolaire entièrement transformé

Construit en 1954, l’Athénée Royal de Kananga figure parmi les établissements scolaires historiques du Kasaï-Central. Ce site historique situé dans le quartier Kamayi, a bénéficié d’importants investissements pour sa modernisation. Les travaux ont été financés notamment grâce à un investissement de la Banque mondiale de plus de 6 millions de dollars américains.

Le complexe compte au total 20 bâtiments. Treize ont été construits et sept réhabilités. Selon les informations communiquées sur le chantier, 18 bâtiments sont déjà achevés et deux autres sont encore en construction.

Au total, plus de 300 salles de classe sont disponibles pour les 13 établissements scolaires que compte le complexe.

Le préscolaire est représenté par l’école maternelle La Renaissance. Le primaire comprend six établissements : les écoles primaires Bukole, Kananga, Musumbu, Diku, Lungenyi et l’École primaire d’application de l’IPK.

Le secondaire compte également six établissements, parmi lesquels l’Institut Diku Dyetu, l’Institut Kananga 1, l’Institut technique commercial, l’Institut technique social, l’Institut Bobozo et l’Institut pédagogique de Kananga.

Laboratoires, ateliers et infrastructures sportives

La réhabilitation ne concerne pas uniquement les salles de classe. Le complexe dispose également de bureaux pour les directions et les préfectures, d’une salle de gymnastique, d’une salle polyvalente destinée notamment aux réunions et conférences, de laboratoires, d’ateliers et d’une bibliothèque.

Deux blocs sanitaires et deux forages d’eau ont également été aménagés. Une centrale photovoltaïque doit contribuer à l’alimentation du complexe en électricité.

Le site abrite par ailleurs la salle historique de Luluabourg, où fut élaborée la première Constitution de la République démocratique du Congo en 1964. Cette salle doit notamment accueillir les activités de l’Assemblée provinciale du Kasaï-Central.

Pour les activités sportives, le complexe dispose de plusieurs infrastructures, dont un terrain de football, un terrain de basketball, un terrain de volleyball et une piscine. Chaque établissement dispose également de sa propre cour de récréation.

Plus de 700 ouvriers mobilisés

Le chantier a également permis de créer des emplois locaux. Plus de 700 ouvriers journaliers ont participé aux travaux de réhabilitation et de construction.

Le projet prévoit par ailleurs la construction ou la réhabilitation d’autres infrastructures scolaires dans la province. Selon les responsables du chantier, les derniers travaux devraient être achevés d’ici à la fin du mois de septembre.

Avec ces nouvelles infrastructures, le complexe scolaire La Renaissance ambitionne d’offrir aux élèves et aux enseignants du Kasaï-Central un cadre d’apprentissage plus moderne, plus sécurisé et mieux adapté aux exigences de l’enseignement.

Des réserves malgré la réouverture

Malgré la satisfaction suscitée par le retour des élèves dans des infrastructures rénovées, des préoccupations demeurent.

Plusieurs enseignants affectés à ces établissements affirment ne pas être rémunérés et réclament le paiement de leurs salaires. Pour eux, l’amélioration des infrastructures doit également s’accompagner d’une prise en compte des conditions sociales et professionnelles du personnel enseignant. Lors de l’inauguration du complexe, le gouverneur du Kasaï-Central leur a promis de s’impliquer personnellement pour trouver une solution dans les meilleurs délais.

« Je sais que le complexe ouvre ses portes dans un contexte où plusieurs d’entre vous ne sont pas payés. Je vous promets que je vais suivre la situation de plus près pour que vous soyez payés le plus vite possible » a-t-il déclaré.

Autre préoccupation soulevée : l’accessibilité des bâtiments aux personnes vivant avec handicap. Des organisations de défense de leurs droits déplorent que certaines infrastructures ne soient pas suffisamment aménagées pour permettre aux enfants à mobilité réduite d’y accéder facilement.

David Lumbala, du Réseau provincial des personnes vivant avec handicap pour le développement (REPROPHAD) Kasaï-Central, estime que certains bâtiments ne sont pas suffisamment adaptés aux élèves en fauteuil roulant.

De son côté, Jean Dadie Kanyinda, coordonnateur du complexe affirme que des dispositions ont été prises pour faciliter leur accès, mais uniquement au rez-de-chaussée. Or, certains bâtiments comptent un, voire deux étages. Une situation qui pourrait compliquer l’accès des élèves à mobilité réduite aux salles de classe situées à l’étage.

Les organisations de défense des droits des personnes handicapées appellent ainsi à une meilleure prise en compte des normes d’accessibilité dans la conception et l’aménagement des infrastructures scolaires, afin de garantir à tous les enfants les mêmes conditions d’apprentissage.

Une inauguration avant la fin des travaux

Le complexe scolaire La Renaissance rouvre ses portes alors que les travaux de réhabilitation ne sont pas encore totalement achevés. Sur les 20 bâtiments que compte le site, 18 seraient terminés tandis que deux sont encore en construction.

Selon son coordonnateur, cette décision se justifie notamment par les difficultés rencontrées par les élèves depuis leur délocalisation. Pendant près de cinq ans, les écoles qui occupaient le complexe avaient été transférées dans d’autres établissements, parfois très éloignés des lieux de résidence des élèves.

À cette contrainte s’ajoutaient des conditions d’apprentissage jugées difficiles dans certains sites d’accueil.

Le retour des élèves à La Renaissance vise donc à leur permettre de retrouver leur établissement d’origine, malgré la poursuite des travaux sur certaines parties du complexe.

La réhabilitation de cet ancien établissement colonial constitue ainsi une étape importante pour l’amélioration des conditions d’apprentissage à Kananga, même si plusieurs défis restent à relever pour que le projet réponde pleinement aux attentes des différents acteurs de l’éducation.

Autre lien : https://www.studiohirondellerdc.org/rdc-lepidemie-debola-franchit-le-cap-des-3-000-morts