Pour la première fois dans l’histoire des Jeux olympiques de la jeunesse, une équipe composée de jeunes réfugiés prend part à la compétition. Venus du Burundi, de la République démocratique du Congo et du Soudan du Sud, six athlètes participent à cette quatrième édition organisée à Dakar, du 31 octobre au 13 novembre 2026. Au-delà des performances sportives, leur présence symbolise l’espoir et la possibilité de rêver malgré les épreuves de l’exil.
Dakar accueille une page inédite de l’histoire olympique. Pour la première fois, le continent africain organise un événement olympique, avec la quatrième édition des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ). Mais cette édition se distingue également par la participation d’une équipe olympique de jeunes réfugiés, une première dans l’histoire de ces Jeux.
Ils sont six, trois filles et trois garçons, à représenter cette équipe constituée de jeunes réfugiés originaires du Burundi, de la République démocratique du Congo et du Soudan du Sud. Accueillis dans des camps au Kenya et en Ouganda, ils ont été sélectionnés pour défendre leurs chances dans différentes disciplines sportives.
Arno, originaire d’un camp de réfugiés au Kenya, a participé à l’épreuve de judo dans la catégorie des moins de 55 kg. Clément et Nyataba vont s’engager sur 800 mètres en athlétisme, tandis que Rachid fera le 200 mètres. Florence venue d’un camp de réfugiés en Ouganda, prendra part au 200 mètres et Laurence va représenter l’équipe en taekwondo, dans la catégorie des plus de 49 kg.
Tous concourent sous le drapeau olympique. Leur participation est encadrée par la Fondation olympique pour les réfugiés, qui accompagne les jeunes déplacés à travers le sport, en leur offrant des perspectives de formation, d’intégration et d’épanouissement.
Arno, la fierté d’un père
Derrière la participation d’Arno se trouve aussi le parcours d’un père : Arnold. Ancien judoka et lui-même réfugié, il a transmis à son fils sa passion pour cet art martial. À Dakar, il a vécu avec émotion la participation de son enfant à cette compétition internationale.
« C’est une grande joie pour nous, en tant que réfugiés, de participer à une aussi grande compétition. C’est la première fois que cela se passe en Afrique et c’est aussi une première pour un judoka réfugié. C’était vraiment un sentiment de joie pour moi et pour toute la communauté des réfugiés », témoigne-t-il.
Pour Arnold, cette présence aux JOJ dépasse largement les résultats sportifs. Elle démontre que le statut de réfugié ne doit pas constituer une limite aux ambitions et aux rêves d’un jeune.

« Être réfugié ne veut pas dire que c’est la fin de toute chose. Être réfugié, c’est aussi rêver grand. Aujourd’hui, les athlètes réfugiés sont représentés aux Jeux olympiques. Cela montre qu’ils ont aussi le droit et la capacité de réaliser de grandes choses », insiste-t-il.
Il évoque notamment la performance de son fils, qui a terminé à la cinquième place de sa compétition. Un résultat dont il se dit fier et qu’il considère comme un encouragement pour les autres jeunes réfugiés.
Son message est simple : continuer à travailler et à croire en ses ambitions. « Je dirais à tous les réfugiés qui pratiquent le sport de continuer à travailler. Un jour, leurs rêves aussi se réaliseront. »
Le sport, bien plus qu’une compétition
Au-delà des médailles, Arnold souligne les changements que l’accompagnement du Comité international olympique (CIO) apporte dans la vie des jeunes athlètes réfugiés.
Selon lui, le soutien ne se limite pas à la pratique sportive. Il comprend également des possibilités d’études et un accompagnement qui contribuent à améliorer leurs conditions de vie.
« Les opportunités que le CIO nous offre permettent aux jeunes athlètes réfugiés de changer leur façon de penser. Il ne soutient pas seulement le sport, mais aussi les études et d’autres besoins des enfants », explique-t-il.
Pour ces jeunes, souvent confrontés au stress et aux incertitudes liés à la vie dans les camps, cet accompagnement constitue une source de motivation et d’espoir. Certains travaillent déjà pour saisir de nouvelles opportunités et envisagent les prochaines échéances sportives, notamment les Jeux olympiques de 2028.
Arnold retient également la capacité du sport à rapprocher des personnes venues d’horizons différents. « Nous venons de plusieurs pays, mais le sport nous réunit. C’est un espace où les athlètes réfugiés peuvent se sentir intégrés et appartenir à une même communauté. »
Six athlètes, un symbole pour des millions de réfugiés
Pour Abdouraouf Gnon-Kondé, directeur du bureau régional du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, basé à Dakar, la participation de ces six jeunes constitue une consécration et l’aboutissement d’un rêve.
Sélectionnés parmi environ 600 candidats, ces athlètes ont dû surmonter de nombreux obstacles avant d’arriver à Dakar. Pour certains, cette aventure représente même leur premier voyage en dehors de leur camp de réfugiés ou leur première découverte d’une grande capitale.

Leur présence est le fruit d’un partenariat entre le HCR et le mouvement olympique, notamment à travers la structure chargée de l’accompagnement des athlètes réfugiés. Cette collaboration s’inscrit dans la continuité des initiatives menées lors des précédentes éditions des Jeux olympiques et ambitionne d’ouvrir davantage de perspectives aux jeunes déplacés.
Pour Abdouraouf Gnon-Kondé, l’importance de cette équipe ne se mesure pas uniquement à ses six représentants. Ces jeunes sont les meilleurs parmi les candidats sélectionnés. Sur les terrains de compétition, leur statut de réfugié ne doit pas occulter leur talent, leurs efforts et leur ambition de décrocher des médailles.
Ils deviennent aussi des modèles pour des millions de personnes contraintes de fuir leur pays, en particulier pour les jeunes qui continuent de croire en leur avenir malgré les difficultés.
Des rêves sans frontières à travers le sport
Cette dimension symbolique a également été mise en avant lors d’une exposition photographique organisée mardi soir à Dakar par le HCR, l’ambassade de Suisse au Sénégal et la Fondation TO.
Intitulée « Talents réfugiés : des rêves sans frontières, à travers le sport », cette rencontre a réuni des représentants du mouvement olympique, des membres de la communauté diplomatique et différents partenaires autour du talent et de la détermination des jeunes réfugiés.
À travers les photographies et les témoignages présentés, les organisateurs ont voulu mettre en lumière le rôle du sport dans la création d’opportunités, la promotion de l’inclusion et le renforcement du sentiment d’appartenance.
À Dakar, les six jeunes athlètes réfugiés portent ainsi bien plus que les couleurs de leur équipe. Ils incarnent une conviction : les déplacements forcés peuvent bouleverser une vie, mais ils ne doivent pas condamner les rêves d’une génération.
