🎧Le cercueil n’était pas vide lors de cet enterrement sécurisé lié à Ebola à Bunia en Ituri

Une vidéo montrant une foule en colère poursuivre un homme vêtu d’une combinaison de protection circule massivement sur les réseaux sociaux avec plusieurs versions des faits. Certaines publications affirment qu’un cercueil qui aurait été découvert vide lors d’un enterrement sécurisé d’une victime d’Ebola à Bunia en Ituri. D’autres soutiennent qu’un prétendu démantèlement qu’un camp de soignants impliqués dans la riposte contre Ebola serait à l’origine de la propagation de la maladie. Pourtant, de nombreuses sources indiquent que le corps se trouvait bien dans le cercueil et que les échauffourées observées dans la vidéo n’ont aucun lien avec un quelconque démantèlement d’un camp de soignants. 

À partir du 1ᵉʳ juin, la séquence a été partagée sur plusieurs plateformes de réseaux sociaux (1, 2, 3, 4, 5). On y voit un homme portant un équipement de protection individuelle sanitaire supplier, semble-t-il, une vingtaine de personnes qui l’encerclent. Il prend ensuite la fuite et est poursuivi une foule de plus en plus nombreuse.  

On aperçoit également une vaste aire où sont stationnées de nombreuses motos, ainsi qu’une foule rassemblée sous des tentes blanches et bleues, tandis que d’autres personnes se tiennent aux alentours. Quelques secondes plus tard, un pick-up bleu équipé d’une sirène traverse rapidement la scène. Une personne est accrochée à l’arrière du véhicule, tandis que deux autres se tiennent sur les côtés.Malgré la faible qualité des images, on distingue difficilement l’inscription « Group KBF Security » sur les portières du véhicule. En arrière-plan, une voix se fait entendre. Ses propos, traduits en français, sont les suivants : « Nous sommes en direct du cimetière. Le cercueil est arrivé sans corps à l’intérieur. »  

Selon plusieurs publications sur les réseaux sociaux, cette vidéo montrerait soit un enterrement sécurisé au cimetière de Nyamurongo au cours duquel un cercueil aurait été découvert vide, soit le démantèlement d’un prétendu camp de soignants accusés de propager le virus Ebola en République démocratique du Congo. 

Le corps était réellement dans le cercueil

L’expression clé « enterrement au cimetière Nyamurongo » nous a permis de retrouver un article publié par Radio Okapi le 2 juin en lien avec cet événement. Dans cet article, le média rapporte que quatre secouristes de la Croix-Rouge ont été blessés lors d’affrontements survenus le 1er juin à l’occasion de l’enterrement d’une victime d’Ebola à Bunia, dans la province de l’Ituri. 

Les secouristes de la Croix-Rouge ont refusé de céder à l’exigence de quelques collègues de la victime et de certains jeunes de la communauté qui voulaient coûte que coûte se rassurer de la présence effective du corps de leur proche dans le cercueil. Certains ont finalement réussi à ouvrir le cercueil et ont effectivement trouvé le corps, d’après la radio onusienne. 

Poursuivant nos recherches, nous avons contacté le responsable du Group KBF Security, Franck Kisembo Byakagaba. Il révèle que le défunt était un employé de son entreprise et appartenait à la communauté kimbaguiste. Lors de l’enterrement sécurisé, explique-t-il, le beau-frère aurait exigé l’ouverture du cercueil. C’est à cet instant-là qu’une femme aurait crié que le cercueil était vide, provoquant une vive confusion sur place. 

Sous l’effet de la panique, le beau-frère du défunt aurait forcé l’ouverture afin de voir le corps, allant jusqu’à déchirer le sac mortuaire dans lequel la dépouille était placée. C’est à ce moment-là qu’ils auraient constaté que le défunt ne portait pas la tenue des fidèles kimbanguistes, bien qu’elle ait été exigée par la famille. Cet élément serait à l’origine de la colère de la foule, qui aurait alors poursuivi et agressé l’équipe chargée de procéder à l’enterrement sécurisé. 

Contacté par Studio Hirondelle RDC, le journaliste basé à Bunia en Ituri, Freddy Lorima, a livré une version des faits similaire. Il a partagé une capture montrant effectivement le corps placé dans un sac mortuaire à l’intérieur du cercueil.

De son côté, le responsable de Group KBF Security a précisé que ses équipes ont finalement mis les secouristes à l’abri dans un véhicule de l’entreprise, lequel aurait également été endommagé lors des affrontements.

Les modalités liées à l’enterrement sécurisé de personnes décédées d’Ebola

Le contact avec le corps d’une personne décédée du virus Ebola reste dangereux, car il présente un risque important de transmission. C’est pourquoi des protocoles stricts sont appliqués lors des enterrements liés à cette maladie.

Une solution chlorée, telle que l’eau de Javel, est utilisée pour désinfecter le corps de la victime avant qu’il ne soit placé dans un sac mortuaire hermétiquement fermé, puis dans un cercueil. Interviennent ensuite les équipes d’enterrement sécurisé, formées et équipées de combinaisons de protection spécifiques.

Face aux dangers que représentent les fausses informations liées à une maladie, il est essentiel de vérifier les allégations auprès de sources fiables, telles que les médias reconnus, les autorités sanitaires et les organisations compétentes.

« La rumeur de la semaine » est une rubrique dédiée au décryptage des fausses informations qui circulent sur les réseaux sociaux et au sein de nos communautés locales.