🎧RDC : la consommation de boissons fortement alcoolisées inquiète chez les jeunes

La consommation de boissons fortement alcoolisées chez les jeunes prend de l’ampleur en République démocratique du Congo, malgré une réglementation en vigueur depuis plusieurs années. Ces boissons attirent cette catégorie de la population en raison de leur faible coût sur le marché et de leur forte teneur en alcool, en dépit de leurs conséquences néfastes sur la santé physique et mentale.

Par un décret interministériel du 12 avril 2007, les autorités congolaises ont interdit sur l’ensemble du territoire la commercialisation de boissons alcoolisées conditionnées dans des emballages plastiques, notamment en sachets ou en bouteilles. Pourtant, sur le terrain, ces produits restent largement disponibles, du nord au sud et d’est en ouest du pays.

Des boissons accessibles et de plus en plus populaires

À Kinshasa, comme dans d’autres grandes villes, ces boissons sont connues sous des appellations populaires telles que « Supu na tolo », « Zododo » ou encore « Boika ». Produites localement ou importées des pays voisins, elles se distinguent par leur faible coût et leur forte teneur en alcool. Certaines affichent des taux allant jusqu’à 40 %, provoquant une ivresse rapide, souvent plus intense que celle des bières classiques.

Cette accessibilité explique en partie leur succès auprès des jeunes, malgré les risques importants pour la santé.

Une production clandestine mise à nu dans la province du Haut-Katanga

À Lubumbashi, une récente vidéo devenue virale a révélé l’existence d’une unité de production artisanale opérant sans autorisation dans la commune annexe.

Selon la Police nationale congolaise, cette structure ne respectait aucune norme sanitaire. Lors de l’intervention, les agents de police ont saisi plusieurs produits utilisés dans la fabrication, notamment des bidons contenant des substances acides, des sacs de sucre, des flacons colorés et du matériel d’emballage.

Six individus, présentés comme des ressortissants étrangers en situation irrégulière, ont été interpellés puis transférés à la Direction générale de migration pour la suite de la procédure.

À Bukavu, une consommation en hausse chez les jeunes

La situation est également préoccupante à Bukavu, où la vente et la consommation de ces boissons connaissent une forte recrudescence, notamment chez les jeunes.

Dans les marchés et les commerces, ces produits sont vendus dans des bouteilles en plastique de 300 millilitres, avec des étiquettes indiquant des taux d’alcool compris entre 38 % et 42 %. Leur prix varie entre 2 000 et 3 000 francs congolais, avec la possibilité d’acheter des quantités plus petites à moindre coût.

Malgré la conscience des dangers, de nombreux consommateurs continuent d’en boire. Certains évoquent l’influence de leur entourage ou encore la pression sociale comme facteur déclencheur. D’autres pointent des conditions de vie difficiles, notamment dans des zones marquées par l’insécurité, comme élément favorisant cette consommation.

Des risques sanitaires et sociaux bien réels

Les conséquences de ces boissons sont multiples : troubles du comportement, dépendance, dégradation de la santé physique et mentale. Des consommateurs eux-mêmes reconnaissent les effets néfastes : affaiblissement du corps, problèmes hépatiques, voire décès liés à une consommation excessive.

Malgré ces risques, l’absence d’alternatives accessibles et le faible pouvoir d’achat poussent de nombreux jeunes à continuer à consommer ces produits.

Un défi pour les autorités

Face à cette situation, les autorités et les structures spécialisées, notamment le Programme national de lutte contre la toxicomanie, tentent de sensibiliser la population et de freiner la consommation abusive.

Mais sur le terrain, le phénomène persiste et continue de s’étendre, révélant les limites de l’application de la réglementation existante.